Les plaies purulentes

Crédit photo : Oakland PD officers move forward against a crowd of protesters, 2010, par Thomas Hawk, sous C.C. BY-NC 2.0

À ceux qui dans quelques jours voteront « Macron » pour faire barrage à « Le Pen », comprenez qu’il va falloir faire immensément plus que déposer un bulletin dans une urne et se satisfaire pendant quelques années encore d’un confort relatif, pour repousser la marée que va provoquer une politique semblable à celles des dernières années et décennies mais encore un peu plus décomplexée et la misère qu’elle va engendrer, tant sur le plan matériel pour les plus pauvres qui le seront de plus en plus et qui seront de plus en plus nombreux – tandis que d’autres n’en finissent plus d’accumuler – que sur le plan moral pour ceux qui quoi qu’il en soit ont compris que ce monde-là est inadmissible. Ce monde dans lequel la France et beaucoup d’autres se satisfont de mieux en mieux de détourner le regard devant les exactions d’un empire belliqueux dominant, de ne contredire plus jamais, et même d’acquiescer toujours plus vite, pour finalement contribuer, en perfectionnant et vendant par exemple toujours plus d’armes. Ce monde qui d’une part envenime, corrompt, détruit un à un les acquis collectifs, assassine une à une les libertés individuelles, et d’autre part assèche, stérilise, affame et empoisonne, l’eau, l’air, le sol, les personnes. Ce monde qui, déjà, contredit le vivant.

Comparé aux combats menés sous l’occupation nazie, déposer une enveloppe dans une urne (le même geste qui, rappelons-le, a aussi légitimé ledit nazisme, ce qui est donc encore possible, quoi qu’en disent certains) est un acte de résistance qui ne demande dans la pratique aucun courage par ici. Il faut soudain se rappeler que le moindre relent, la moindre réminiscence de cette idéologie-là, devrait être combattus avec infiniment plus de véhémence et de ténacité – tandis que nous les tolérons. Anesthésiés, comateux, végétatifs, ivres encore d’une abondance si trompeuse, nous sommes tous responsables de la recrudescence qui fait qu’un quart des votants s’autorise désormais et à nouveau à manifester son empathie plus ou moins consciente pour telle horreur. Bien sûr, j’ai dors-et-déjà honte de cette France, de cette Europe et de cet occident qui sont en train de devenir plus intolérants encore qu’ils n’étaient riches. Et parfois, j’aimerais que ces millions se révèlent pour les affronter. Parfois, n’ayant pas d’enfant – et pour cause, hors de question de leur imposer ce monde-là – j’aimerais que ça pète, qu’on puisse crever un bon coup l’abcès, mais alors j’ai tort. Car les patries gonflent leurs biceps, et si je crois que l’inculte et l’incompétent pion Macron ne fera rien pour enrayer ce mouvement, et y voit même probablement l’occasion d’un profit, je sais que les Le Pen et leurs sbires, eux, mettront volontiers de l’huile sur le feu.

Crédit photo : Napalm, par Banksy

En dehors de la pratique pourtant, sur un plan davantage théorique, il revient à ceux d’entre nous qui donc ont compris, qui ont réalisé dans quel monde nous vivons, et que nous sommes les collaborateurs d’aujourd’hui, de légitimer par le vote cet autre autoritarisme, latent, cet autre extrémisme, « libéral ». J’aimerais que nous gardions à l’esprit que ceux-là peuvent être combattus dans la rue et certainement par l’intelligence et qu’il nous est peut-être encore possible, en cinq ans, de renverser la vapeur, notamment après l’élan acquis ces deniers mois, avec notre et nos intelligences donc, plutôt qu’avec nos vies et devant les fusils. Car si nos vies ne sont que des numéros pour les oligarques et la hiérarchie d’aujourd’hui, elles ne sont rien, rien du tout, pour ces héritiers d’un autre genre qui entretiennent les partis de la haine et constituent leur socle et leur force vive, ceux-là soutenus par cette ancienne puissance éconduite, qui ne veut bien qu’une chose, prendre la place de son ancien adversaire pour s’imposer aussi fort.

Alors à ceux qui voient en la Russie un espoir face à l’envahisseur, je vous adjure de réaliser qu’elle est un remède périmé et particulièrement nocif, tel une saignée qui achève. Elle est de toute évidence bien décidée à incinérer les restes du cadavre de notre âme humaniste avec la chair du colonialisme atlantique. Il suffit pour s’en convaincre de voir qui elle soutient et comment, et tout le mal qu’ainsi elle fait déjà.

À vous qui pensez que tout est marchandise, vous avez tort, et nous vous le ferons comprendre en nous battant.

À vous autres enfin qui pensez que la différence est répugnante et non compatible avec l’entente, vous avez tort, et nous vous le ferons comprendre en nous battant.

Logo de La France Insoumise

Quant à nous, qui nous retrouvons à devoir choisir entre les cancers, à devoir renifler nos plaies purulentes pour tenter de savoir laquelle nous éteindra le plus ou le moins vite, il va nous falloir faire très temporairement d’un ennemi moins immédiatement létal un allié contre l’autre, puis retourner aussitôt dans la rue et faire porter nos voix bien plus haut, jusque dans leurs tours sanctuaires. Il nous faut agir, nous faire entendre, nous faire comprendre.

Je crois que nous sommes une minorité éveillée, consciente ou « conscientisée » enfin, et qu’il nous faut nous battre, sur tous les fronts : face au système, en lui autant qu’en dehors de lui. Il nous faut continuer de nous émanciper, de récupérer non pas notre identité mais notre autonomie, de nous fédérer et selon différentes échelles, et il nous faut absolument essaimer.

Soyons à la hauteur d’autres séquences de notre histoire que celles les plus sombres et les plus honteuses. Surtout faisons-la, l’histoire, activement, et faisons-la avec ou sans représentant-s charismatique-s. À l’ATTAC, bon sang !

Terhemis, plume insoumise.

25 avril 2017

Sec dans l’océan

Autant le dire clairement cette fois : n’ai pas la moindre idée de ce dont vais parler. Ai subitement été happé par l’envie d’écrire, il fait nuit, la musique, l’ambiance et mon état d’esprit s’y prêtent. Planètes alignées comme on dit. Alors m’installe, et me voilà à raconter, une fois de plus, ma vie ; et à le faire sans tournures sibyllines pour le moment. Ce texte ne vaut donc pas mieux que n’importe quel autre, écrit par n’importe qui d’autre. Mais laissons venir, et voyons.


Crédit photo : Rest in paint 3, par EmsiProduction, sous C.C. BY 2.0

Les envies dernières

Après m’être vidé d’émotion, me voilà vidé tout autant d’ambition. Me rapproche donc de l’état végétatif, ou plutôt minéral, car passe mon temps à « cogiter », notamment politique, société, liberté. Des biais de procrastination parfaits car menant à des réflexions sans fin. Me vautre dans le théorique, et dans l’abstrait, parce que ne fonde mes pensées sur rien de concret. N’étudie pas, ne note pas, ne calcule rien ; me contente de lire, de parcourir, de fouiller, de faire preuve certes de curiosité ; mais ne partage que trop occasionnellement. Alors ça naît en moi, ça vit quelque temps en moi, puis ça meurt en moi le plus souvent. Sais bien ce qu’il me reste à faire : écrire, rédiger, formuler, et mettre à la disposition le fruit de ces actions. N’y pense qu’au futur ; n’entre jamais dans le vif du sujet, dans l’action, pour peu que l’écriture en soit une… M’envisageais récemment journaliste indépendant… Aimerais aller sur le terrain, m’entretenir avec les gens, leur poser des questions, pour faire connaître. En voilà une, de bonne raison, pour m’extraire à nouveau de ce foyer. Reporter itinérant, dévoilant à l’aide du web. D’en parler ici et maintenant ravive mon envie, mais celle-ci ne quitte pas le domaine de l’utopie. Ne sais ni comment ni par où commencer. Par le portillon donnant sur la rue, et par le voisinage, sans doute. Voulais pénétrer l’arrière-boutique de la boulangerie, endroit tout à fait mystérieux à mes yeux, duquel sortent en bonne quantité moult pains fameux et davantage encore de pâtisseries. Et comme tous les autres projets et toutes les autres idées qui donc me nourrissent, cela se dissipera.

Crédit photo : Rest in paint 2, par EmsiProduction, sous C.C. BY 2.0

La pieuvre qui pèse dans l’espace

Rencontrais hier un vendeur un peu spécial dans ce magasin dédié au son. Il a commencé par m’expliquer qu’il me faudrait, étant visiblement quelqu’un de réservé, me créer un personnage et en jouer pour que ma voix, quel que soit l’outil choisi pour la capter, puisse effectivement se donner. J’estime m’essayer assez pour parvenir parfois à cette voix qui porte quelque chose, ou du moins ai-je occasionnellement cheminé en ce sens, mais le simple fait qu’il me saisisse presque instantanément comme cette personne un peu trop calme qui reste en retrait et volontiers silencieux m’a frappé. Me destine à rester un fantôme. J’aurai beau m’égosiller à l’écrit, cela n’y changera rien, encore moins si je continue de ne pas publier. C’est même trop facile : me réfugier ainsi derrière l’écran, y raconter ce que je veux comme je veux, et garder pour moi puisque après tout personne n’en veut. L’on pourra à nouveau se demander à quoi bon ; et mes atours nihilistes auront tendance à me faire répondre qu’il n’y a jamais rien de bon, rien qui vaille vraiment la peine ; ils me rappelleront à notre nature par trop éphémère, à nous tous individuellement comme à nous tous, prédécesseurs et successeurs inclus, en tant qu’humanité. C’est elle qui avance sans but au sein d’un océan d’obscurité, qui paraît-il a même le toupet de s’étendre encore et encore et probablement toujours plus vite. À rebours de tout ça, pourtant, ce qu’il me reste d’ego et qui tantôt s’indigne du peu d’importance que je lui accorde se manifeste. Il dit que, tout de même, je devrais faire un effort si je ne veux pas clamser gorgé de regrets. C’est là que ça coince, car je préférerais présentement abandonner ce qu’il me reste de velléité, et notamment artistique. La voilà, la vérité, je suis faible comme trop d’autres, et je me complais dans ce confort que je n’ai pas mérité, mais qui m’est attribué, par cette société ainsi faite qu’elle accorde à quelques individus et selon leur naissance des moyens considérables, qu’il devient à mes yeux absurde d’amplifier ou même simplement de perpétrer. C’est cette vérité qu’il me faudrait véritablement embrasser. Accepter ma provenance, mon statut, mes privilèges, et admettre que je n’aurai pas le caractère de m’en défaire. Sauf qu’accorder le futur et la négation me froisse. Je n’accepte de personne d’autre qu’il me dise ce que je ne ferai pas. Me suis d’ailleurs senti jusqu’à il y a peu capable de tout faire. Me sens désormais déjà vieux, me sens lourd d’une grosse vingtaine d’années d’extrême timidité plus ou moins compensée, et je la sens, cette timidité, inscrite au plus profond de moi, comme une pieuvre fermement agrippée sur mes organes et dans ma chair. Suis résigné : elle me restreindra jusqu’au bout. Je fais front face à autrui, mais suis déjà effondré en moi-même. Suis vaincu, menotté par les milliers d’opportunités gâchées. Quand bien même je n’abandonnerais pas, je ne gagnerai pas. Mais le formuler et le penser de cette manière me fait réaliser que c’est ainsi que ce doit être ; c’est comme ces matchs qu’on dispute ; tous ces matchs perdus depuis le début de la saison ; n’ai pas un instant baissé les bras ; ne les avons pas gagnés pour autant.

Crédit photo : Rest in paint 4, par EmsiProduction, sous C.C. BY 2.0

13 avril 2017

Un idéalisme contre nature ?

Crédit photo : Green chaos, par Raúl A.-, sous C.C. BY-ND 2.0

Éteindre ; s’extirper ; s’immerger dans la bulle sonore de rock dans le casque ; mettre à l’arrêt en dehors ; ne plus envisager que les mots, que ceux qui viennent ; se donner à leur force, et se sentir bien plus grand ; se sentir dans le tout différemment ; se sortir non seulement du temps, mais aussi de la société et de ses problématiques, et surtout du « je », déjà bien éclaté sur la toile et par elle, déjà battu en brèche par tout ce qu’il n’a pas la capacité de résoudre et d’embrasser. S’en défaire en même temps que faire – du texte – s’en libérer, pendant quelques minutes au moins – d’une écriture, d’une lecture – se faire du bien en somme, sans ne rien faire, ni se fatiguer pour autant ; et le rock s’emporte ; ah, si les mots d’en moi pouvaient suivre… s’ils vibraient de la même manière, instinctifs et percutants, s’ils changeaient instantanément l’état de l’âme en y accédant directement… rêver, s’autoriser le dispensable, se laisser aller un instant, glisser sur ce flux-là aussi : j’allais demander l’univers accessible, mais il l’est déjà. Je le sens lors de mes parcours sur terre ferme et boueuse, je le ressens quand tout m’échappe et qu’il redevient fascinant par l’intégralité de ses aspects. L’autre bulle dans laquelle on est habituellement immergé, en prenant la place de l’univers, nous donne l’impression que l’on sait tout, ou que l’on sait suffisamment. J’ai ces temps-ci l’impression que je commencerais à apprendre en plantant ; qu’il faudrait commencer par savoir observer la vie pousser, émaner de la terre, de la matière, pour elle aussi s’exprimer. Je ne sais pour le moment que lui passer à côté, que ne pas la remarquer tandis que je m’affaire, moins vite pourtant que la plupart des autres, mais pas encore assez. Cela dit, j’imagine que tout va extrêmement vite aussi en dehors de l’humain, entre le sol qui remue et les feuilles qui accueillent : l’accaparement des énergies de toute part, la bataille pour la place, la course pour le déploiement ou la survie. J’idéalise. J’idéalise la nature parce que je manque de la côtoyer. De fait, elle se développe dans d’autres temporalités, et me semble apaisée, encore qu’exposée, foudroyée par les intempéries, et alors je sais gré la roche et ses dérivés de m’abriter, entre les murs qui donc rapetissent l’univers, qui le rendent tolérable au quotidien : on ne vaut certainement pas mieux que n’importe quel rongeur terré ; on a juste l’arrogance d’élever nos terriers, de tenter d’y faire pénétrer la lumière et un peu plus d’air. Raison de plus pour ne pas l’idéaliser, cette nature : nous sommes issus d’elle, nous sommes elle ; elle est nous ; elle est en nous autant que nous sommes en elle. L’idéaliser ne peut que conduire à nous en distinguer, parce qu’il est devenu bien impossible de nous idéaliser nous-même, bien impossible de croire sincèrement en la vertu humaine, sinon par bribes exceptionnelles. Impossible tout autant d’occulter l’art et son œuvre, qui confirment ce qui nous précède et nous dépasse, et nous exprime nous aussi. Chacun, au fond, peint. Chaque élément du vivant façonne le monde, avec ses outils, ses aptitudes et ses tentatives de langage. C’est le bordel tous azimuts de cette nature que j’envisage soudain avec délice : tous les sons, toutes les couleurs, toutes les matières. Et par-delà ce chaotique bonheur, que le rock notamment sait orchestrer, il n’y a bien que la fadeur urbaine et la ferveur productiviste pour m’horrifier. Deux axes d’une doctrine par trop envahissante, dans laquelle je suis né, dans laquelle j’ai poussé, et dans laquelle j’aurais pu, et même dû, me faner comme tant d’autres. Si donc je n’avais pas gardé un tant soit peu de cette curiosité sauvage, de cette animosité de l’enfant, intelligence véritable accordée par l’énergie en même temps qu’elle-même se déploie : lorsque je m’aventure en écriture, tandis que je reformule, alors j’existe, je transforme, j’exprime, je vis, j’exulte – et ceux-là qui attendent de moi que je m’oppresse de leurs impératifs n’ont qu’à s’enfoncer lentement et sûrement leurs lames culpabilisantes dans le ventre.

25 février 2017

Dans l’élan des foulées courageuses

deux barques sur une étendue d'eau calmeCrédit photo : Simples, par John mcsporran, sous C.C. BY 2.0

Dire qu’on peut découvrir encore à trente ans, et des choses intéressantes, qu’on peut redécouvrir aussi, avec un œil complètement différent, et que c’est parfois tout aussi intéressant.
Ce sera le dernier avant la fin de cette année. Riche et creuse à la fois. N’ai du moins pas abandonné. Surtout ces derniers mois, me suis donné. Au gymnase, à la bibliothèque scolaire. Ne sais pas si ça porte ses fruits, mais en quelque sorte m’en fous : se donner du mieux qu’on peut suffit. Et l’on peut visiblement se donner ainsi sans véritable raison. Ces deux semaines libres avant la nouvelle année m’auront fait beaucoup de bien, m’auront donné l’occasion de me faire du bien, devant l’écran, dehors, à table aussi.

Il n’est pas question d’écrire longuement cette fois ; me sentais bien, et voulais l’exprimer. Voulais tirer quelque chose de ce bonheur sans m’atteler à la création, laisser venir, laisser couler. Ainsi quelques mots sans importance, à moins qu’ils n’en tirent du simple fait qu’ils dénotent dans le flot des mois sombres d’avant… Ce que peut oublier le lecteur, c’est que ma vie a débuté bien avant mon écriture, et qu’elle a été globalement très remplie. Il y a eu de mauvais moments, et de bons moments, même si ceux-là ne semblent jamais assez nombreux. Ils sont éphémères pour sûr ; on les oublie à l’entrée du désert. On s’assèche, et il faut alors avoir la force d’aller en chercher de nouveaux, même si on ne sait plus vraiment à quoi ils ressemblent ou ce qu’ils sont. On peut avoir l’impression d’ailleurs qu’on ne le saura plus jamais ; la mienne ce soir est opposée.

« Ça manquait de joie », mais c’était honnête, et ça en manquera de nouveau tôt ou tard et j’espère que je saurai de nouveau l’écrire, mais donc c’était honnête, je continue d’essayer de l’être malgré les mécanismes qui nous précédent, et c’est cette sincérité qui, voilée d’un doute légitime, traverse ces mots du soir. Une forme de bonheur nuance ma temporalité présente, une simplicité l’accompagne. Je fais le plus possible ce qui me plaît, et évite du mieux que je peux ce qui me lasse ou m’abêtit. Le journal permanent dira ce qui a continué de stimuler mon cœur, et j’espère qu’il permettra à d’autres aussi, s’ils le souhaitent, de faire le tri. Je suis peut-être souvent perdu, mais je sais désormais me situer en regard de notre société et me laisse du coup le moins possible diminuer par elle. L’un de ses aspects positifs paradoxaux tient dans ce qu’elle oblige ceux qui la savent pour ce qu’elle est à s’en extirper et à faire preuve de créativité. La normalité pue la mort. Non pas la normalité en soi, mais celle d’aujourd’hui. Elle est mécanique, hostile à la vie. Et sachant cela, j’essaye de vivre.

30 décembre 2016

À la lueur d’une nuit d’été

The morning after, par Mislav MarohnicCrédit photo : The morning after, par Mislav Marohnic, sous C.C. BY 2.0

Un horizon nocturne bordé par l’été.
Le jour qui semble ne jamais mourir.
L’air frais passe de la porte entrouverte vers la fenêtre grande ouverte.
Une musique aussi calme que la ville ; à leur manière dynamiques.
Le matelas au sol ; mon corps presque nu sur le matelas ; l’air qui caresse ma peau.
Je suis accompagné du monde qui existe encore en cet instant.
Tant qu’on vit, tant qu’on crée.
Quand bien même la lumière vient à manquer.

Bailler de lassitude ou de fatigue en attendant le prochain départ.
On croit décider, mais on ne fait qu’emprunter l’énergie qui nous conduit jusqu’à la nuit.
Et quand la nuit dure, il faut faire avec ; allumer quelque étincelle. Trouver le rythme des étoiles. S’échauffer entre elles avant de filer à son tour.
Rire, rire, regarder dans les yeux, courir, sourire, prendre par la main, danser à en choir.
Tant de façons d’aimer, de jouir, d’attendre.

Sons primordiaux, musique prégnante.
Et tout qui tourne et se retourne.
La tête à l’envers, pour voir les choses en face, enfin.
Souffrir bien sûr. De peu, de tant.
Souffrir de loin ; souffrir à plein.
Souffrir, souffrir, souffrir – sourire.
Sourire, rire à la face des maux.
Tenter de réparer certains torts – de ne pas en répandre davantage, de ne pas les répercuter.
Sans cesse prendre ses responsabilités.
Être homme, être femme, être humain ; entendre les notes, sentir l’air et les courants, goûter attentivement ; devenir sa propre lumière.
Sombrer, refaire surface ; voir le ciel depuis la mer ; sentir l’air encore qu’immergé ; au cœur d’une bulle ; des quelques larmes qui protègent.

L’absence un temps, un temps seulement.

27 juillet 2016

Progresser au présent fuyant

escaliers façon montagnes russes sur fond de soleil couchant à l’horizon

Crédit photo : Semi-Final, par Marcel Quoos, sous C.C. BY-ND 2.0

« Dans mon wagon-vie, je monte et je descends, descends et monte très vite les montagnes russes du présent furtif ! »

Il ne s’arrête jamais ce présent, il passe mais continue, toujours plus vite ! Ballotté, je suis débordé, je suis agité, plaqué à gauche, plaqué à droite, emporté vers l’avant et parfois retenu sur place. Ces derniers moments, ils me frustrent encore plus que tous ceux que je ne peux saisir dans l’élan.
Demain, j’ai pour ambition de continuer sur ma lancée ! De ne jamais m’arrêter, de ne surtout pas ralentir ce temps qui, il paraît, m’emmène à la mort !

« La question n’est pas de savoir où l’on est, ou même de savoir où on en est, mais plutôt (d’essayer) de sentir, d’apercevoir, de saisir où l’on va. »
Ce qui compte n’est pas la position mais la célérité : l’essentiel est dans la progression !

On m’explique que l’erreur et l’échec sont insupportables, comme des fins définitives qui doivent être évitées ou surtout pas considérées ni commentées. Comme une honte qui se subit en silence. Je vois bien désormais en quoi c’est une absurdité, un endoctrinement au moins autant imbécile et funeste qu’un autre. Les doutes, les hésitations, les regrets, les dépressions, les chutes, l’oubli, font partie intégrante de l’évolution. Les erreurs se dépassent, les échecs se surpassent, ou l’inverse. Car le meilleur moyen d’avancer, c’est encore de s’arrêter pour mieux repartir. Je n’ai pas fait mes 900 km d’une traite, pourtant je courrais plus vite à la fin qu’au début. De la même façon, je ne m’instruirai pas en une journée : ça fait effectivement 26 ans que j’apprends et que j’essaye de m’améliorer. J’espère juste trouver l’énergie de continuer jusqu’au bout.

04 février 2013

Demain sur ton corps

Rising Moon, par Dave Young

Crédit photo : Rising Moon and Star Trails, par Dave Young, sous C.C. BY 2.0

C’est ainsi que va la nuit.
Ensemble ou seul et sûrement, et le jour suit.
Une légère brise sur le corps nu. Sur les poils de la peau. Un tempo.
On chante en mots, on danse, on rêve – de choses et d’autres.
On recherche l’arythmie, le rythme de la vie.

Demain sera. Demain sûrement.
Demain ira, demain durement, et l’enfant bientôt.
L’enfant en rêve, il rêve il ne sait pas bien qu’il vit. Et nous alors ? Le sait-on ?
Se sait-on – s’oublie-t-on ?
Pour sûr. Pour de bon, on reste.
Car demain de l’avant. Demain on reste ; cette nuit, je reste.

Et nos corps entrelacés, mouillés – entre nos jambes contractées – entres tes doigts crispés, des ongles dans ma peau. Et la suite, un soupir, un râle. Surprenant, vivant, il sort, elle crie, on respire on jouit.
Demain, sous ta peau, tout en toi ; demain sera gravé sur ton corps.

On danse ?

Potentiel

au seuil des étoiles

Crédit photo : Nuit étoilée en Corse, par Adri20s, sous C.C. BY-SA 2.0

Tout arrêter. Ce soir encore, j’y pense.

…Ne suis sûr de rien, ni de ce que je dois faire, ni de comment je devrais faire. Je crois savoir où je vais. Je crois savoir ce que je veux faire et écrire. Mais ces lignes…

Prendre un chemin d’écriture. Choisir ces mots plutôt que d’autres. Je n’en sais rien. Je ne sais pas. J’ai l’impression de ne rien savoir. …C’est le futur qui veut ça. J’aurai beau tenter de maîtriser, j’aurai beau tout faire pour mettre en place cet environnement sécurisé…

Ce n’est pas ce chemin-là.

L’erreur. Faire erreur. Choisir à travers les possibles, à travers les futurs, quel chemin engager, quel chemin et quelle pensée filer.

Je devrais faire autre chose, ceci, cela. Qu’importe – et ce n’est pas une question.
Il y a ce qui compte vraiment pour moi – et je ne sais toujours pas bien regarder ça en face – et le reste. Je sais au moins qu’il y a ces deux aspects, ces deux réalités de la vie.

Ce n’est pas que je vis pour les autres, ce n’est pas que je ne vis pas pour moi, et je crois que ça fait longtemps que j’ai essayé d’arrêter de plaire. Non ?

Ce n’est pas encore ce chemin-là.

C’est de choisir, qui m’intéresse.
Je veux tester. Tester ces possibles, ces opportunités de développement, du sens ici.
Le développement du sens, d’un sens. Le développement.
Ça se forme.
À partir de tout ce que j’ai lu, c’est sûr. Et vu, et entendu. Ce que j’ai compris et intégré, ce qui m’a traversé et que je n’ai même pas effleuré mais qui pourtant habite par là en moi.
C’est à ces signes là que je veux donner leur chance ce soir.

Je pourrais écrire sur moi encore. Sur ce que je ressens. C’est peut-être ce que je fais. Ou bien je fais tout autre chose : tenter de percevoir, à l’aide de cet outil qu’est mon écriture. Mais percevoir quoi ?

Mais percevoir quoi ?

Percevoir… – est-ce que ça va venir ? – venir de moi-même, venir dans la continuité depuis le fond et que révèle ce flux. Percevoir cette somme de ma réalité, peut-être. Ce n’est plus, donc, tout à fait seulement de moi dont il s’agit. C’est de la somme de ma personne, avec ce qu’elle a rencontré, dans un moment particulier.

Je ne dis pas que j’ai une mémoire illimitée et un être fondamentalement spongieux jusqu’au bout. Tout ce qui me traverse ne me reste pas, ne me restera pas jusqu’à ma mort. Mais pendant un temps, oui.

Est-ce suffisant ? Est-ce vraiment celui-là l’embranchement ?

Ça va encore être très – trop ? – abstrait.

D’instinct, je voudrais revenir au contexte immédiat. Il me donne systématiquement de nouvelles opportunités de développement ; parce qu’il est ce parfait maintenant. Ce contexte est moins malléable que moi ; il est moins organique.

J’écris sur ce que c’est – pour moi – d’écrire.

Je ne cherche pas le pourquoi ; je ne cherche pas l’à propos.
Mais je me perds. Je suis dépassé. Ça me dépasse. Et en même temps, c’est bien de cela dont il s’agit.
De cette putain de voix. Celle avant moi. Celle au-delà de moi. Tous ces mots là, déjà posés dans cette session, ne sont pas vraiment moi. Il ne sont pas ma réalité de tous les jours. Ils sont plus, en quelque sorte. Mais en n’étant pas moi, sont-ils aussi quoi que ce soit ?
Est-ce qu’en me laissant conduire par ce fond et cette voix, je fais ce qu’il y a de mieux pour moi et pour mon écriture ?

Il y a différents types d’écriture, je crois.
Celle que je voudrais planifier et qui ne vient pas.
Celle qui vient d’elle-même et que je ne sais planifier. Je la sens venir, au moins. Je me mets même, maintenant, dans les conditions de provoquer l’afflux. Autrement dit, je provoque l’afflux.
C’est fou – c’est n’importe quoi ! –  : j’évoque effectivement quelque chose d’extérieur.
Ces mots ne sont pas à moi. Et ce n’est pas une question.
Je pourrais me le demander. C’est ce que je ferais d’habitude. Est-ce que ceci, est-ce que cela ? Et d’habitude ça suffit. Ça permet d’écrire ; on croit se remettre en question.
Non.

C’est par la certitude négative qu’on se bouscule. Et là j’émets une vérité positive. Je ne me mets toujours pas en danger. Là, c’est quelque chose de plus dérangeant. Dire : je ne me mets – toujours – pas en danger.
La zone de confort.
Ce concept aussi vient de l’extérieur de moi.
Dois-je me l’approprier, en m’en servant maintenant ?, ou dois-je l’éluder ?
J’ai l’impression de savoir ce que c’est ; j’ai associé le concept à une réalité personnelle.
Retour à cette réalité.
Réalité.
Elle n’a plus aucun sens au singulier ; mais dès qu’on y ajoute un « s », elle se propage pour devenir à la fois crédible et insaisissable. Le simple fait de parler de réalités fait qu’on devient incapable de les cerner dans leur entièreté. ?, j’allais naturellement finir cette dernière phrase par un point d’interrogation. Je ne la comprends pas tout à fait.
En écrivant quelque chose que je ne comprends pas tout à fait, en faisant ça, oui, je me mets en danger. Est-ce que je me compromets ? Est-ce le bon mot ou la bonne idée ?
Les fameuses questions. Non donc – les éviter.
Ce que je ne comprends pas, donc… fait appel à ce qui n’est pas moi – utilise ce non-moi, cet hors-moi ; cet au-delà du moi.
En somme et autrement dit : je ne suis pas moi quand j’écris.

Je ne suis, en ces mots, qu’un putain de moi parmi d’autres.
C’est forcément insignifiant.
J’ai l’impression d’écrire quelque chose de ~bien-correct-positif, qui va ~encore un peu plus loin. En fait, puisque je n’y suis pas, ça ne l’est pas. Je n’y suis pas complètement.
Ma corporalité n’y est pas. Ces mots sont plats.
Par exemple, je repose mon pied gauche sur ma cheville droite tandis que j’écris, en ce moment-même. Et bien sûr, cela crée une pression qui à force m’attaque le pied droit ; c’est inconfortable – mais je me mets systématiquement dans cette position, sans le vouloir ; sans doute parce que mon corps la trouve plus naturelle – qu’en sais-je ?
Ça, c’est le contexte, donc.
Et il est question d’intégralité.
En créant habituellement dans les propos un flux entre la pensée et le contexte, je développe effectivement une forme d’intégralité. Illusoire, temporaire, immédiatement dépassée ; mais qui fait sens et qui apporte quelque chose au moment de l’écriture et de la lecture.
Je le faisais… mais n’en avais pas pris conscience.
Conscience.

Prendre et faire conscience ?
Accumuler ces notions : sens, conscience, temporalité, intégralité, personne.
Ça s’accumule en quelque chose comme la « présence » ?
Je triche un peu en l’écrivant avec seulement ce point d’interrogation à la fin, comme si c’était un doute plutôt qu’une question ; mais c’en est toujours une.
Je pourrais écrire : est-ce que ça s’accumule en quelque chose comme la présence ?
L’affirmation ne se transformerait plus soudainement en question, ce serait presque scolaire ; moins littéraire. Ce serait plus ~honnête – et il y a ces guillemets et ces vaguelettes aussi, qui ajoutent du doute ; comme si, vraiment, ce que j’écris était particulièrement porteur de questionnement et de doute. Ce le serait, plus honnête… sauf que dans le flux, j’ai effectivement tenté d’émettre une affirmation, une hypothèse, que j’ai finalement choisi de contrebalancer par ce point d’interrogation.
Mais donc, il gâche tout.

Affirmer ici même quand on ne sait pas.
Parce qu’on doit bien comprendre que personne ni rien ne sait. À moins qu’une intelligence supérieure nous guide ou du moins nous précède effectivement.
Ce n’est pas ce en quoi je crois
.
Je ne crois pas en une intelligence supérieure.
Ce n’est pas du tout ce sur quoi je veux écrire quand je mentionne cette voix qui me précède et me succède.
Cette idée répandue m’a frôlé tout à l’heure quand j’ai évoqué cette voix, et je l’ai immédiatement et parfaitement écartée.
Ce sur quoi j’écris, je sais maintenant qu’il s’agit d’un développement spontané.
Ce fameux potentiel.
Il existe.
Il s’agit de le lui donner la possibilité – de simplement lui laisser l’opportunité – de s’exprimer.

C’est donc bien ceci que j’essaye de faire par ici. D’être la voie de mon intelligence ~supérieure. Pas en qualité – en ~situation. De mon intelligence avant moi : au-dessus de moi.
Pourquoi cette impression ?
Je raccorde mon interprétation de tout ça à des repères physiques et temporels : précédant et suivant, derrière et devant et au-dessus.
Je suis un homme sensé : je suis un homme, et donc je suis soumis au sens. C’est donc, logiquement, ainsi – avec ces outils – que j’interprète ce qui se passe. Se passe. « ce qui passe » : encore une fois : à travers moi.

Peu importe.
Je me demande pourquoi on ne laisse pas agir nécessairement et plus naturellement notre potentiel.
Pourquoi ne nous donnons-nous pas plus spontanément à ce développement spontané.
Spontané parce qu’il est issu de ce qu’on est et que, puisqu’il nous transforme, il s’amplifie de façon autonome.

On s’amplifie de façon autonome.

Nous sommes notre propre évolution – expansion.

Et puisque ça nous dépasse immédiatement tout autant que ça nous précède immédiatement, on a l’impression de ne pas être en contrôle de ce développement ; ou du moins pas instantanément.

C’est vrai et en même temps c’est absurde et en même temps c’est faux.

Je peux agir, maintenant que j’ai la notion temporelle – que je n’avais pas enfant : qu’on n’a pas enfant – dans une temporalité plus ample que l’immédiateté. C’est effectivement dans cette amplitude que je peux intervenir sur mon développement. Oui : il n’est donc plus spontané… [affirmation par la négative ; et effectivement ça progresse.]

Et c’est absurde, aussi, parce que… parce que ce développement est tout aussi nécessaire *qu’inéluctable. Développement irréfutable ; jusqu’à la mort. La dégénérescence est un développement irréfutable et pourtant nécessairement utile. Le mot qui s’ajoute à « nécessaire » ne vient pas ([il est venu à le relecture, c’est « inéluctable »]). [j’écris ça au lieu de poser là question : « en quoi l’impression de ne pas contrôler notre développement spontané est-elle une impression absurde autant que fausse ? » et je progresse ; mais la poser m’a permis de reconstituer le fil].

Cette impression est absurde parce que mon développement spontané, en étant, et étant nécessaire, en étant nécessairement, est équivalent à ma raison d’être. Il est ce que je suis – je suis – non pas grâce à lui (:ce n’est pas Dieu) mais lui : je suis lui.
Je suis mon développement spontané. Je suis cette chose organique en développement permanent jusqu’à l’extinction ; qui n’a pour but que ceci : aller le plus loin possible. Il n’y a pas de destination ; uniquement ce putain de potentiel. Et là je le veux ce point d’exclamation.

Il n’y as pas de destination ; uniquement ce putain de potentiel !
Oui !

je ne sais toujours pas pourquoi on s’acharne à refouler ce potentiel.
On a peur.
On est des animaux préhistoriques face à un univers infini de possibles et d’avenirs ; face à l’intégralité qui nous pend au nez. Et on freine des quatre fers pour ne pas y plonger.

On est absurde comme l’est l’impression.

Cette intégralité, on doit la vouloir, on doit la dévorer, s’en emparer.

En écrivant, c’est, à ma façon – car il existe d’autres façons, c’est évident – ce que je fais.

J’affronte les possibilités. En me laissant guider par ma voix, je me donne à mon développement personnel ; et partiellement mais autant que je peux : à l’intégralité.

Ces propos sont une version de ce qu’ils auraient pu être ; et parce que je suis sensé : parce que je me réfère aux sens et notamment à la matérialité, je les ai figés. En écrivant, je fige.
Il n’y a donc, au fond, que la pensée en mouvement permanent, en fluidité absolue – mais qui emporte et par la même épuise – qui soit à la mesure de cette intégralité qui dépasse le sens (les sens : nos sens).

Je ne fais que redire, je crois, ce qu’est la méditation.
Et peut-être la prière aussi ?
Non pas ces absurdités qui consistent à implorer ou remercier l’infini de correspondre à nos attentes unitaires ; mais la prière sincère, qui nous plonge dans l’immédiat et nous écarte le thorax, la cage thoracique, le cœur ; et nous lie, malgré notre unité, à l’infini.
Parce qu’on est composé de lui
.

Je suis composé d’infini [c’est une autre façon de le dire, de l’écrire, mais l’écrire change tout].

Je suis composé d’infini.
je suis infini – même si pas perpétuel. Tout m’est possible ; dans la mesure de mon développement ; qui peut s’arrêter dans un instant ; ou suivre une courbe exponentielle… pour peu, donc, que je me laisse aller à mon potentiel – au potentiel.

C’est là qu’il s’agit d’imaginer, mais pas seulement : c’est être la somme de tout ce qui nous a traversé, dont on est témoin et qui alors nous compose et qu’on dépasse nécessairement puisqu’on vit et comme on continue de le faire.

Persister, c’est affirmer sa supériorité.
C’est mal formulé. Tant que je vis : tant qu’on continue, on laisse une chance au possible. À l’instant suivant : tout est possible. C’est avant demain, c’est avant « bientôt ». Dès maintenant, ce maintenant qui suit immédiatement, tout est possible.

Ce n’est pas que dans un instant j’aurai quelque chose d’inaccessible. C’est que cet instant qui suit immédiatement sera nécessairement le commencement d’autre chose et de plus grand et même quand on l’impression que tout fout le camp.

Donner la vie, c’est accentuer ce plus grand. C’est permettre de nouveaux possibles, c’est donner de nouveaux horizons, c’est offrir de nouveaux horizons à l’humanité.

Putain.

Je le sais ; mais je continue de savoir que je ne suis pas fait pour ça.

Ce pour quoi je suis fait ; c’est pour écrire tout ça.
Et en quelque sorte, je ne pourrais pas écrire si je développais la vie.

Je me développe moi et en le faisant par écrit, je peux offrir à d’autres ces étincelles de développement potentiel.

Il ne s’agit par de faire un mini-moi. Il s’agit de faire naître en l’autre, mon prochain – quel qu’il soit, mon enfant ou simplement l’autre – la nécessité d’un développement spontané.

Autrement dit, s’il est spontané et évident, ce développement n’est pas forcément accordé et il est encore plus rarement exploité.

Je fatigue.

J’arrête là.

12 février 2015

Il nous faut nous dépasser, et pas seulement en procréant ; pas seulement physiquement. On avance au ralenti, ainsi.
Nouvelle promesse : me donner [encore davantage !] au potentiel (et pas seulement le mien) et commencer par me donner à l’imaginaire.

Journal incohérent

Incoherent par David Dooley

Crédit photo : Incoherent, par Kevin Dooley, sous C.C. BY 2.0

compromis
entre fragilité et désespoir.
demain soir,
pas un seul survivant.
terre de sang
brûlures dans les dents –
– qu’on arrête
c’est hypocrite et partagé
demain à l’apogée
demain en soirée
j’aurai du poulpe et une corde à sauter –

– pulpe et cœur brisé
plénitude et cœur salé
l’ancre sera bien lestée
des dents dedans
des toits dessus
des fils de plomb –
– l’ambiance harasse ras
la balance pense bas
compense, ou ne compense pas
danse constante
demain soir, nous ne serons pas morts –
– alors mords, /mordez mordons mordicus
à l’hameçon / en fer noir
et remontons l’ancre / en fer noir
en manque,
l’étrange animal, manque –
– amiral c’est ainsi
demain c’est fini
ne pleure pas je t’en supplie je t’en prie
ne me nie

– –

fleur bleue
ou rouge ou rose ou verte
noire vestale
le cœur dans l’encre vespérale –
– roseau dans l’eau
bambou là-haut
plumeau dans le dos
pruneau dans le dos ! –
– demain, tu seras mort.
morsure du morse dans le mollet
parachute en tissu doré
c’est claqué, plié
plus la peine de lutter

– – –

jambe de bois
couleur petit-pois
sarbacane de joie
parapluie en soie –
– nue dans la rue elle fait sa mue
toujours plus belle, l’aube –
– cette terre brûlée
ce papillon cramé
cette saleté de camé
bâtard, enfoiré –
violence
errance
blanche transe –
ça panique
ça pique
opale crique –
– coup de trique
ça nique ! vieille bique –
– solstice ; genièvre
ne pleure pas ; fièvre
bander, débander. parler, s’arrêter
quel cirque… nom d’une pipe

Une once d’espoir

Hope arriving par Hartwig HKD

Crédit photo : Hope Arriving, par Hartwig HKD, sous C.C. BY-ND 2.0

Peu à peu, j’y parviens. À trouver ce rythme mien.
Peu à peu, je trouve les mots de davantage.
J’écris beaucoup trop de moi, mais c’est un début.
Demain, mes mots seront à la hauteur, ils seront davantage. Ils ne seront plus seulement moi, ils seront avec l’autre.
Ce peut être tellement mieux avec lui. Avec elle, ou peut-être avec lui.
Tant que c’est bien, tant qu’à deux on va loin.

Aller ensemble, s’entraider, progresser, dépasser, parvenir. Un rêve un peu moins aberrant ce soir.
J’aurais aimé que ce soit toi. Nous en a décidé autrement. Nous, n’avons pas été à la hauteur. Ni pour toi, ni pour moi. C’est déjà loin maintenant. C’est dépassé, largement oublié, en quelques mois seulement. Courir a aidé. Frapper dans le ballon et éviter les coups à la boxe, aussi. Le boulot tout autant, les mots, tellement. Futur réapproprié avec le présent. Gourmand. Vouloir tout, presque, mais rester prudent, malheureusement. Vouloir être, savoir, faire. Vouloir écrire le monde et moi et des rêves en intrigue. Peu à peu, de mon mieux. Changer, peu à peu. Du nouveau.

C’est abstrait, c’est un peu vide. Me laisse guider par l’envie. Ne sais pas où elle m’emmènera, mais je crois que ça ira. Je crois qu’en continuant, on y arrivera. Là-bas ou haut, demain, futur, bien, présent mien.

Ce n’est pas encore assez rythmique, ce n’est pas bon comme j’ai lu. J’ai lu du vraiment bon. Du court, de l’épistolaire démembré, de l’essai ou mieux, de l’essayé, à l’encre sur le papier, vacillante et raturée mais déterminée. Moi j’efface au doigt ce que je frappe ou frôle aux doigts. J’ai dit que j’aimais, avec des mots que j’ai aimés après les avoir agencés. J’ai réussi à dire ce que je ressentais, un peu plus même, pour le communiquer, ou ce matin-midi après avoir contemplé.
Ce soir, c’est différent, c’est à nouveau de la recherche avec les mots. Ils peuvent être tellement de choses, tellement de nous, d’aspects de chacun et de tout. Pas facile d’imaginer. Ils sont le reflet d’un univers riche et de plus en plus. Chaque jour plus nombreux, et tous on peut le faire. Alors, je ne crois pas qu’on soit beaucoup à essayer, mais il y en a qui essayent, ça, je le sais. D’autres que moi font de leur mieux, et pour eux aussi, ce n’est pas toujours suffisant, et pour eux aussi c’est frustrant. Peu importe qu’on soit semblables si on regarde dans la même direction. Je continuerai(s) de fixer cet horizon quand bien même je serai(s) seul. Et il y en aura d’autres, un moment seulement parfois, et plus rarement, avec l’impression que ça peut durer.

L’espoir.

C’est vrai, le pire, c’est d’abandonner.
Tout à l’opposé, il s’agit d’être franc.
Le dire quand ça va mal, le crier même si besoin, et le dire quand ça va bien, le crier violemment. Murmurer et hurler, pour soi ou à l’autre. Se faire du bien et faire du bien, essayer du moins, et savoir se faire mal aussi. Ne pas avoir peur de la douleur, elle fait partie de la vie. Seulement, il faudrait ne la laisser jamais voiler notre vision jusqu’à cacher l’horizon. Ce putain d’horizon distant. Au loin. S’y rendre. Y rester en y allant. Demain je mourrai et j’espère que je le ferai la gueule pleine d’espoir.
Encore une fois, c’est pas gagné ; mais…