Introduction à la curation et aux flux RSS

Je tente sur ce site d’être explicite et de franciser le plus possible. Je me suis en effet aperçu il y a quelques années que l’utilisation de mots étrangers pas tout le temps appropriés ajoutait de la confusion dans la communication.
Parfois, traduire correctement un mot issu d’une technique ou d’une pratique étrangère permet d’en comprendre le fonctionnement en plus du sens. Comme si les bonnes connexions mentales s’établissaient grâce aux bons mots.

Essayons donc de rendre simple ce qui paraît compliqué, même s’il faut pour cela faire jouer le sens et jouer des mots (au risque de faire des phrases compliquées au lieu de se contenter de mots compliqués). Ça tombe bien, ce travail d’expression par la phrase est à la racine de mon activité d’écriture et donc de ce site.

Or, cette notion de « syndication » (me) pose problème, et l’expliquer n’est pas tout à fait aisé. La manipuler permet pourtant d’en comprendre facilement les effets et l’usage, mais faisons d’abord cet effort d’intellection. Car cette syndication des contenus d’internet, bien que méconnue et relativement peu exploitée, se révèle très utile, spécialement dans le cadre de la curation.

Curation

Encore un mot barbare, facilement éclairé celui-là : la curation consiste à sélectionner dans la masse les contenus ou les informations les plus pertinentes avant de les mettre en avant. Le curateur présente ces informations à une audience qui s’en remet à sa clairvoyance ou à son goût, disons à sa capacité de sélection.

Une publication de type journal ou magazine présente de la sorte les informations qu’elle estime intéressantes, au moins pour son lectorat. C’est aussi un peu le travail de l’éditeur qui cherche et choisit notamment les bons manuscrits, sauf qu’un curateur ne fait pas partie du marché ou de l’industrie du livre, mais plutôt de l’univers du web.

Un (bon) journaliste devrait enrichir l’information d’une analyse ou d’un point de vue, la mettre si possible en relation avec d’autres grâce à sa mémoire ou la disposer dans un cadre particulier grâce à sa culture. Un (vrai) journaliste ne fait donc pas que transmettre ou présenter l’information et la curation n’est donc pas encore de la rédaction journalistique, même si elle peut le devenir.

Si le mot « curation » est nouvellement utilisé, la pratique est donc ancienne. Je suppose que ce mot apparaît en même temps que son contexte : alors que les rédacteurs des premiers journaux cherchaient à transmettre des informations qui ne circulaient que difficilement avant l’ère de la presse (la presse est avant tout une technique d’impression, c’est une des révolutions industrielles qui a mené à l’ère de l’information) c’est parce que l’information circule aujourd’hui trop facilement (à l’ère des médias qu’on pourrait appeler celle de l’information numérique) qu’il devient intéressant de s’en remettre à des groupes ou à des individus qui la sélectionnent.

C’est aussi potentiellement dangereux, mais la clé existe elle aussi depuis longtemps : il est nécessaire de diversifier ses sources autant qu’il est sain de ne pas rester ouvert à toutes les vannes de la communication-information.
Un mot valise, que je n’aime pas contrairement au mot « curation » qui bizarrement me parle, est utilisé pour décrire ou décrier, ou déplorer, ce phénomène de surinformation : l’infobésité. C’est moche, mais passons.

Groupe

Avant d’en revenir à la syndication, faisons un autre détour. J’aimerais manipuler le terme « groupe » dont le sens est proche.

Le groupe est un ensemble d’êtres : des personnes ou des animaux, on utilise moins ce mot avec des objets (« un groupe d’arbres » ?) ou bien on le fait avec l’idée de classer (un groupe vis-à-vis d’un autre).

Le groupement est lui le substantif du verbe grouper : il s’entend en tant qu’action, autrement, le groupe et le groupement en tant que simple assemblement évoqueraient exactement la même chose. C’est une nuance qui peut s’entendre avec le déterminent qui précède : il semble juste de dire « le groupement » : on évoque alors la formation du groupe, on constate ou on décrit cette formation ; mais il semble inexact de dire « un groupement » puisqu’« un groupe » signifie la même chose (à moins d’associer une notion péjorative au groupe en le décrivant comme un groupement).

Il est tentant enfin d’utiliser le terme regroupement pour désigner la même chose que le groupe, mais ce préfixe « re » ajouté signifie en fait qu’il faut recommencer le groupement, reformer le groupe, former de nouveau ce groupe. Si on distingue ainsi les choses, un groupe de personnes n’est plus tout à fait la même chose qu’un regroupement de personnes.

Syndication

Ces différences devraient permettre d’extrapoler le sens du mot syndication à partir du mot syndicat, et pourtant, cette syndication ne m’évoque rien : le concept derrière ce mot reste insaisissable dans ma pensée quand bien même j’essaye de me concentrer dessus. On utilise pourtant sans problème le mot français syndicat : il est l’association de personnes dans le cadre de l’immobilier ou du travail. Cette notion d’association va au-delà de la notion de groupe, elle implique la notion d’entraide, de ne plus simplement être ensemble, mais aussi de faire ensemble.

Que déduire alors de l’ajout du suffixe « ion » au terme syndicat ? Pas grand-chose si ce n’est que c’est un anglicisme douteux. Il s’applique à des données plutôt qu’à des êtres et n’induit plus le sens d’union mais simplement de réunion. Quand on file le parallèle avec le mot « groupe », on obtient d’ailleurs quelque chose comme « groupage » et pour « groupement », ça donnerait probablement quelque chose comme « groupementage » ou « groupementation ».

Et si cet usage de la syndication des contenus n’était pas adopté par le grand public parce qu’il était mal nomé ? À travers cette manipulation des mots, deux d’entre eux m’apparaissent pourtant déjà comme plus adaptés : association et réunion. Le mot « syndication » a malheureusement été adopté par le web français, et il faudra (plus ou moins) faire avec.

Quoi qu’il en soit, la syndication consiste à réunir de façon automatisée (programmée) les publications d’un site en un fichier (ou un tronçon de code) qui pourra être utilisé pour obtenir une vue d’ensemble.

Les notions les plus proches de la syndication sont celles de sommaire ou de table des matières. Sauf que rien n’empêche avec elle de transmettre l’intégralité du contenu en plus des titres, et cet ensemble est mis à disposition automatiquement.

Mais quel devient l’intérêt de cet assemblage quand il communique aussi tout le contenu s’il suffit de naviguer sur le site original pour (a)voir la même chose ? En fait, si on obtient bien le même contenu, on ne le visualise pas de la même façon :

  • la liste a pour elle d’évacuer les fioritures esthétiques qui entourent éventuellement le contenu sur le support original ainsi que les éléments d’interface ou de navigation qui peuvent alourdir l’information ;
  • mais surtout, ces listes nous donnent la possibilité d’afficher sur la même page, sur le même écran, plusieurs assemblages (les assemblages de plusieurs sites), mélangés ou juxtaposés.

Flux

La sélection se fait en deux étapes :

  • On choisit le site que l’on veut suivre et dont on obtiendra le flux des publications : ce sont les liens que je mets à disposition plus haut.
  • Puis l’on pioche dans la liste obtenue, qui peut donc être grossie de plusieurs flux, les éléments susceptibles de nous intéresser.

On peut maintenant rassembler en un seul lieu les flux des sites traitant par exemple d’un même sujet : politique, sport, informatique…

On peut aussi se contenter d’afficher au même endroit les différents sites qu’on à l’habitude de visiter sans les regrouper par thème, ce qui, une fois mis en place, nous évite déjà de les ouvrir les uns après les autres.

C’est un peu comme si on pouvait demander au libraire le journal des journaux : « je voudrais l’intégrale des quotidiens d’aujourd’hui en un seul volume relié monsieur s’il vous plaît merci ». Un libraire professionnel et assertif vous proposerait peut-être Courrier International, hebdomadaire de choix, qui fait un peu cela dans l’univers papier depuis 1990 !

Ce système de flux agrégés remplace en fait avantageusement celui des favoris que j’ai fini par dédier aux « sites services », ceux qui permettent de réaliser ponctuellement une tâche (envoyer un mail, ou conjuguer un verbe, au hasard).

L’ère informatique, aidée d’internet, met donc à notre disposition de formidables outils. Information de première fraîcheur s’il en est, qui ne dit toujours rien de la chose RSS.

rss

Maintenant qu’on cerne mieux l’utilité des flux, il devient très simple d’expliciter le sigle RSS, trois lettres qui désignent au choix : Real Simple Syndication ou Rich Site Summary, que nous pourrions traduire par Très Simple Syndication ou Résumé Enrichi de Site. Pas très probant mais peu importe, RSS n’est qu’un langage parmi d’autres qui permet de formater puis de traiter (coder puis décoder, le mouvement inhérent à toute programmation) ces flux de publications. Vous tomberez aussi sur l’appellation ATOM, langage concurrent, mais RSS semble être le standard, pas tant parce qu’il est meilleur que parce qu’il est plus ancien. Pour ceux qui le découvrent « aujourd’hui », sachez que vous n’avez qu’une quinzaine d’années de retard, une goutte d’eau à l’échelle de l’humanité.

« Très bien, mais que fait-on de ces syndicats fluctuants en (u)RSS ? » me demanderez-vous ! Car si vous avez benoîtement cliqué sur les liens des flux, vous aurez probablement vu s’afficher une masse de caractères indigeste, à peu près illisible puisque pas mise en forme (cela dépend tout de même de votre navigateur). En l’état, ce nouveau contenu n’est effectivement pas utile pour nos yeux humains. Je pourrais le mettre en page pour le rendre lisible, mais je n’en vois pas (encore) l’intérêt. Il est ailleurs comme la vérité, il réside dans : l’agrégateur !

Agrégateur

Cette fois, et même si le mot ne figure pas (lui non plus) dans notre centre national de ressources textuelles et littéraires, il m’apparaît explicite. Agréger, c’est assembler ; un agrégat c’est un amas, un agglomérat (je l’utilise moins celui-là)… certes, certes. Mais alors, s’agirait-il d’assembler-des-groupements… de titres ? « Quel calvaire, ça n’en finira donc jamais ?! ». Rassurez-vous, nous y sommes.

Ces flux et ce concept de syndication n’ont de réel intérêt qu’avec le logiciel qui les affichera en bonne et due forme. La version 10 d’Internet Explorer cumule désormais les fonctions de navigateur et d’agrégateur (j’en profite tout de même pour vous inviter à préférer naviguer sur le réseau mondial avec Firefox ou Chrome), et vous utilisez peut-être un logiciel libre et gratuit de messagerie nommé Thunderbird sans forcément savoir qu’il permet d’exploiter ces flux, mais c’est un site qui pour moi a fait la différence, à savoir Netvibes.

Vous trouverez plus de précisions et une liste de services et logiciels d’agrégation sur Wikipédia. Outre Netvibes, je trouve Feedly très agréable, et je vous le recommande pour une première approche.

Netvibes

Outil français lancé en 2005, Netvibes est un genre de tableau de bord qui permet de cumuler vue d’ensemble et thématiques via des onglets. C’est en tout cas comme ça que je l’utilise et pour ça que je l’affectionne tout particulièrement. Il me permet d’assembler les flux des sites que j’apprécie tout en les concaténant visuellement.

Une image sera cette fois nettement plus parlante :

netvibes_tableaubord02

Pour commencer à utiliser Netvibes rapidement, inscrivez-vous à cette adresse.

  • On vous propose alors de créer un « dashboard« , choisissez éventuellement celui qui sera d’abord vide en cliquant sur « Défaut ».
  • Il n’y à plus qu’à « ajouter » (en haut à gauche) vos flux. Une fois dans cette fenêtre d’ajout, cliquez sur le « + » dans la section « Reading app » et collez une adresse (par exemple http://terhemis.fr/feed/) dans le champ dédié, logiquement intitulé « Entrez un flux RSS ou l’adresse url d’un site web ».

Un ou plusieurs blocs devraient apparaître (en fonction des sections du site qui permettent le suivi), vous n’avez plus qu’à choisir celui que vous voulez ajouter à votre tableau de bord.

Notez que cliquer sur les liens dans le tableau de bord peut simplement afficher l’article au sein de l’application, ou bien vous diriger vers l’article original sur sa propre page (option qui a ma préférence). Pour ce faire, accédez aux options du bloc de liens en cliquant sur l’icône composée de 4 petits cercles en haut à droite du bloc, et cochez « Ouverture des liens sur leur site externe ».

J’ai bien conscience que tout ça n’est pas très intuitif, mais ce n’est pas insurmontable non plus et le petit investissement en temps que demande au départ la mise en place du regroupement des flux, que ce soit sur Netvibes, Feedly ou ailleurs, est très vite rentabilisé… À vous maintenant de voir si ces outils vous conviennent et de vous les approprier si c’est le cas…