Un auteur libre

Crédit photo : Jump, par Snow_Chan, sous C.C. 0

Jours libres

Aujourd’hui, ça fait trente jours que je suis libre. Le trentième et dernier jour avant que, demain, je ne retourne travailler. C’est ainsi que j’ai décidé de les appeler, ces jours pendant lesquels je peux m’occuper de ce qui m’importe vraiment. Ce ne sont pas des vacances, pas des « week-ends », pas des jours de repos, ce sont les jours pendant lesquels je peux mener la vie que j’aimerais mener constamment. Ces jours où il ne faut pas répondre à tel impératif absurde ou à tel autre un tant soit peu plus légitime, mais qui dans tous les cas m’empêche, d’écrire, de penser, de projeter, d’apprendre.

Flore Vasseur disait récemment dans ce discours qui m’a tant touché : « Douter, apprendre, comprendre. », ce qu’on ne peut pas faire quand il faut être rentable, quand on est employé, qu’on a des comptes à rendre. Être libre, c’est aussi n’avoir à n’en rendre qu’à soi, c’est choisir son rythme, c’est être le seul à pouvoir juger, à la fin de la journée, si elle a été fructueuse ou si je me suis laissé aller. Et pour l’essentiel, durant ce mois de juillet décalé, j’ai bossé. Au figuré, car ma vocation n’a pas grand-chose du labeur physique, mais au sens propre aussi, car à force de rester assis, concentré, les yeux rivés dans l’écran, je me tasse, entre les lignes du texte qui pourtant me grandissent. Il y a celui du web qui bien sûr m’occupe et me remplit, et il y a, à l’autre bout du processus, celui que je m’acharne à faire sortir de moi.

Écriture libre

Bref, tout ça pour dire qu’avant d’entamer cette bien belle session de jours libres, je m’étais donné une mission : concrétiser ce recueil de courtes fictions qui avait pris forme en moi depuis plusieurs mois mais sur lequel je ne pouvais me focaliser à cause de l’emploi. C’est chose faite. Il m’a fallu deux semaines, à retravailler, compléter, agencer, ajuster consciencieusement le texte, pour enfin profiter de ce « premier jet complet communicable » comme je l’appelle. Un manuscrit en somme, pas définitif, mais suffisamment fixé pour que la lecture de tierces personnes se fasse sans heurt et permette d’en révéler les erreurs et les errements.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cette lecture par les tiers prendrait autant de temps. Cela fait deux semaines que j’ai envoyé ma production à 4 personnes de confiance… et je n’ai eu pour le moment que de maigres retours. Forcément, ils mènent leur vie, ils ont d’autres choses à faire, mais tout de même, c’est le premier aboutissement d’un effort de plus de 7 ans… alors j’ai hâte, non d’en finir, mais que ça avance, que ça progresse. Qu’à cela ne tienne, pendant qu’eux s’occupent parfois des mots, j’en profite pour me les sortir du crâne et pour m’occuper de leur publication.

Édition libre

J’avais déjà défriché le sujet il y a 3 à 4 ans, tandis qu’entre autres activités je concevais ce site, mais c’était trop tôt : sans manuscrit, impossible de mettre en pratique. Depuis deux semaines, c’est différent. Ça n’a jamais été aussi concret… et aussi foutraque, encore que je commence à mettre de l’ordre dans tout ça (ce sera le sujet d’un prochain article). J’étais prévenu pourtant : l’écriture, même si elle semble régulièrement insurmontable (je lutte d’ailleurs franchement pour rédiger cet article) n’est qu’une étape. Vient ensuite le moment d’en diffuser le résultat, de faire connaître, de (réussir à) vendre pour ceux qui vendent, ou à tout le moins de chercher un éditeur pour ceux qui veulent en passer par eux. Remettons les choses au point : ce n’est pas mon cas. Mais si j’envisageais une autoédition déjà devenue traditionnelle à l’époque, sur ce point en revanche, les choses ont évolué.

En fait, j’ai toujours trouvé qu’il y avait beaucoup d’hypocrisie à se dire auteur indépendant, et même autoédité (terme qui m’évoque l’autonomie), quand la plupart de ceux qui acceptent ou subissent cette étiquette servent Amazon et consorts. En plus, c’est une manière de se définir en regard d’une tradition et qui ainsi la perpétue. Je ne renie ni l’histoire ni les raisons d’être de cette tradition, et je comprends bien qu’il reste quelques maisons indépendantes, qui se définissent en vis-à-vis des monstres industriels qui saturent l’espace. Mais c’est précisément de leur aval aussi, en plus de leurs conditions, dont je veux me passer. Ça ne veut pas dire que je veux m’isoler, ce serait d’ailleurs absurde pour un auteur : j’aspire à être lu. Ça veut dire que je veux faire autrement, que je veux parvenir à cette rencontre avec le lecteur sans alimenter un système devenu parfaitement caricatural, et sans faire de ce si précieux lecteur un client, ce qui d’ailleurs ferait de moi un marchand ! Idée qui, une fois rédigée, m’apparaît effectivement complètement saugrenue. Ce que ça veut dire aussi, c’est que je veux pouvoir accepter ou refuser ces partenariats à partir d’une liberté irrévocable que j’aurai réussi à nous octroyer.

Monde libre

À l’époque où je choisissais cette autoédition par opposition, par dégoût, par rébellion, j’avais déjà un pied dans la marmite du partage, mais je n’avais pas fait le lien. Désormais, le contenu de cette marmite m’anime, je dirais même, si j’osais, qu’il me compose corps et âme. En d’autres termes, j’utilisais des outils libres et savais bien pourquoi, mais n’étais pas réellement conscient des tenants et des aboutissants, des difficultés, des obstacles et des enjeux. Aujourd’hui, tout ça est ancré en moi, solidement je l’espère, car en face, ledit système n’en finit plus d’agoniser, de persévérer et de nous mener tous dans le mur. Au fil de mes recherches, je me suis donc armé de convictions. Aujourd’hui, c’est clair, je veux publier et diffuser « sous licence libre », je veux participer des Creative Commons1↓ et cheminer ce sillon initié par Larry Lessig2↓ et Aaron Swartz3↓ , et avant eux par d’autres géants tels que Richard Stallman4↓ , Tim Bernes-Lee5↓ , ou Linus Torvalds6↓ . Je veux faire comme eux, et comme tant d’autres et dans beaucoup d’autres domaines : je veux faire – activement – un monde meilleur. Non plus seulement le rêver, ou critiquer celui qu’on nous impose, mais agir, avec cette matière première que je me suis forgée, patiemment, laborieusement, et qui devra donc, en plus de divertir, de faire tressaillir, me permettre de concrétiser mes aspirations philosophiques et politiques.

C’est aux côtés de ces prédécesseurs défricheurs francophones dont j’ai connaissance et que sont Greg, le duo C’est donc vrai, Pouhiou ou M. Kervran, que je souhaite m’affairer, pour ne pas dire militer, en répercutant cet élan de liberté, en participant des communs, du bien commun, que Michel Bauwens7↓ notamment, s’acharne à expliquer et moi à comprendre. Ce sur quoi je reviendrai plus tard, cet article étant, au regard des mœurs du web, déjà beaucoup trop long.

En attendant, je vous invite à vous inscrire par ici si vous voulez être prévenu à coup sûr de la parution du livre (sachant que je vise septembre, mais que ce sera probablement un peu plus tard…) et je vous rappelle qu’on peut se retrouver quotidiennement sur Diaspora-Framashpère, où il fait bon communiquer et échanger ! À très vite, je l’espère.

05 août 2017

1 Creative Commons : http://creativecommons.fr/ et https://creativecommons.org/about/

Creative Commons est une organisation à but non lucratif qui a pour dessein de faciliter la diffusion et le partage des œuvres tout en accompagnant les nouvelles pratiques de création à l’ère numérique.

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2 Larry Lessig : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lawrence_Lessig

Lawrence Lessig, né le 3 juin 1961 à Rapid City (Dakota du Sud), est un juriste américain de notoriété internationale. En 2010, il est professeur de droit au Harvard Law School (Université Harvard, Massachusetts) où il a fondé le Center for Internet and Society.

Spécialiste de droit constitutionnel et de droit de la propriété intellectuelle, il est un défenseur réputé de la liberté sur Internet et s’oppose à une interprétation extensive du droit d’auteur qui porte atteinte au potentiel de création et aux échanges en ligne. Il est l’une des voix les plus écoutées dans les débats sur les limites du droit d’auteur et sur le développement mondial de l’Internet. Il est fondateur et président du conseil d’administration de l’organisation Creative Commons.

Pour aller plus loin : ce documentaire produit par Arte, diffusé par sa réalisatrice Flore Vasseur sur Vimeo : Larry Lessig, La rébellion du professeur de Harvard

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3 Aaron Swartz : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aaron_Swartz

Aaron Hillel Swartz (né le 8 novembre 1986 à Chicago, mort le 11 janvier 2013 à New York) était un informaticien, écrivain, meneur politique et hacktiviste américain.

Fervent partisan de la liberté numérique, il consacra sa vie à la défense de la « culture libre », convaincu que l’accès à la connaissance étant un moyen d’émancipation et de justice.

Aaron Swartz a eu un rôle décisif dans l’essor de l’Internet, tant sur le plan technique notamment en développant le format de flux RSS, l’organisation Creative Commons que sur le plan de la gouvernance juridique et politique en manifestant contre le projet de la loi SOPA (Stop Online Piracy Act).

Écrivain prolifique sous différentes formes (blogs, pamphlets politiques, textes de conférences), l’ouvrage Celui qui pourrait changer le monde (parution en français en 2017) rassemble ses principaux textes qui reflètent son engagement intellectuel sur des enjeux sociétaux dont le droit d’auteur, la liberté d’accès des connaissances et des savoirs dont les publications scientifiques ou la transparence en politique.

Pour aller plus loin, je recommande chaudement ce documentaire sur son parcours : The Internet’s own boy

Ce film raconte l’histoire de Aaron Swartz, programmeur de génie et activiste de l’information. Depuis l’aide qu’il a apporté au développement de RSS, l’un des protocoles à la base d’Internet, à la co-fondation de Reddit, son empreinte est partout sur Internet.

Mais c’est le travail révolutionnaire de Swartz autour des questions de justice sociale et d’organisation politique, combiné à son approche sans concession de l’accès à l’information pour tous, qui l’a pris au piège dans un cauchemar légal de deux années. Cette bataille s’est terminée par son suicide à 26 ans.

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4 Richard Stallman : https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Stallman

Initiateur du mouvement du logiciel libre, il lance, en 1983, le projet GNU et la licence publique générale GNU connue aussi sous l’acronyme GPL.

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5 Tim Berners-Lee : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tim_Berners-Lee#L.27invention_du_World_Wide_Web

C’est en mai 1990 qu’il adopte l’expression de World Wide Web pour nommer son projet. Il est rejoint par l’ingénieur belge Robert Cailliau (son premier collaborateur) et par quelques autres membres du CERN. Ensemble, ils améliorent la proposition de départ et la matérialisent. À partir de 1990, ils développent les trois principales technologies du Web : les adresses web (URL), l’Hypertext Transfer Protocol (HTTP) et l’Hypertext Markup Language (HTML).

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6 Linus Torvalds : https://fr.wikipedia.org/wiki/Linus_Torvalds

Il est connu pour avoir créé en 1991 (à 22 ans) le noyau Linux dont il continue de diriger le développement. Il en est considéré comme le « dictateur bienveillant ». […] Ce noyau est celui du système d’exploitation GNU/Linux, sous licence GPL.

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7 Michel Bauwens : https://p2pfoundation.net/

Pour s’initier en douceur, vous pouvez écouter le sieur expliquer très clairement les choses en français dans cet entretien d’une dizaine de minutes : http://blogfr.p2pfoundation.net/index.php/2017/07/15/leconomie-collaborative-sortir-classes-ouvriere-moyenne-marasme-linterview-de-michel-bauwens/, ou jeter un œil à cette introduction en anglais : https://vimeo.com/31495896

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Les contradictions d’aujourd’hui ne m’effrayent plus

And in that moment I swear we were infinite, par Martinak15

Crédit photo : 329/365 « And in that moment I swear we were infinite. », par Martinak15

Huitième éditorial (juillet 2015)

Bon, tout n’est pas parfait, loin s’en faut, mais ce soir, j’ai l’impression de faire et d’avoir fait de mon mieux. Mon flux de travail n’est pas encore idéalement opérationnel, mais j’ai choisi mes activités de la saison prochaine et les choses se mettent laborieusement mais surement en place.
L’écriture en projet central toujours, et les ateliers d’écriture pour les enfants, le podcast entre amis sur le cinéma et la photographie en projets connexes.
Tout ça participera d’une manière où d’une autre à ma présence web, à mon éventuel succès en tant qu’auteur, en tant que créatif et si possible en tant que créateur au sens large.

Je suis sur mon lit, le Spectre sur les jambes en tailleur, dit-on, et seul un câble raccorde l’ordinateur, à l’ampli, qui répand une musique variée par l’intermédiaire des enceintes. Le clavier est illuminé, l’écran moins, puisque j’écris sur Focus Writer, dans une police jaune sur fond noir : c’est devenu mon installation type, c’est devenu la façon dont j’aime écrire.
La fenêtre est ouverte, et peu après cette oppressante canicule, elle laisse entrer un air frais dans ma chambre.

Je n’ai pas grand-chose à dire, puisque je n’ai pas vécu de grandes choses, mais j’ai tout à vivre encore, tout à voir et à essayer et ces temps-ci, j’en ai envie, tout simplement.

C’est peut-être l’élan du podcast qui camoufle l’angoisse de l’écriture repoussée. C’est peut-être le plaisir photographique immédiat qui contrebalance la lente maturation du projet pour la rentrée d’ateliers dans les écoles. C’est peut-être, à d’autres échelles, le mouvement possible autour de ce qui se passe en Grèce, et celui qui n’a rien à voir mais qu’entame Gamekult en proposant un web payant mais déchargé de publicité et si possible meilleur. Quoi qu’il en soit, et parce que je m’active, forcément, j’ai la foi.

Alors rien ou presque n’est fait. Il n’y a que quelques photos et pas exceptionnelles sur mon Flickr, mais je sais que d’autres viendront ; je ne sais toujours pas partager de façon systématique sur Twitter et voilà que je m’engage sur Google+, mais l’un et l’autre commencent à me plaire ; je ne participe toujours pas aux conversations sur les sites que je consulte ou au sein des communautés que je frôle silencieusement, mais je lis quelques bons échanges, que ce soit sur Numérama ou ailleurs, autour du logiciel libre aussi parfois…

Plus les jours passent, plus je constate que la curiosité paye. Il est salvateur de creuser au-delà de la surface, de trouver les sillons d’expressions derrière les croûtes mercantiles, de chercher ceux et celles qui s’affairent au-delà du business : il y a du bon sur Anime-Kun.net ou sur MiniMachines.net, de l’excellent parfois sur Slate.fr, souvent chez Merlant-frit, sur Vimeo ou sur Arte(.fr), et le meilleur côtoie le publireportage même pas déclaré sur Konbini comme sur Youtube. Par(tout) ailleurs, il y a des choses parfaitement banales et inutiles, et peu importe cette dernière réalité.

La vie est riche de personnes et de personnalités qui, comme j’essaye de le faire de mon côté, s’expriment sur les internets encore divers mais plus ou moins bruyants, médiatisés ou pas du tout. Il ne faut pas abandonner. Je ne veux pas abandonner.
Je sais que je me frotterai bientôt à Wattpad, et que ça va piquer un peu, beaucoup peut-être, mais que ce sera un nouvel accès vers quelques expressions fortes, comme l’est Tumblr, comme l’a été Medium.
Je ne dois simplement pas oublier d’y trouver mon compte, pour accéder peu à peu, comme sur SensCritique, à de très bonnes productions, parfaitement amateures pourtant. Salut Mymp 😉 Si bien que de m’être fait insulter récemment pour avoir donné mon avis reste secondaire.

Alors voilà, outre la surveillance généralisée, de Microsoft, de Valve, de Google, de la NSA, du gouvernement français, qui décidément, s’intéressent énormément à nous ! Outre les menaces que sont les Poutine, les Le Pen et ceux de leur genre, outre les armes chimiques testées et sur des humains en Corée du Nord et certainement en bien d’autres endroits, outre cette putain de pression consumériste, outre ce merdier fumant de milliards d’êtres humains perdus sur un caillou finalement hyper vulnérable, outre le grand-écart de plus en plus douloureux entre les richissimes et les miséreux avec mes couilles au milieu, outre tout ça ! Il y a des esprits qui essayent, fabriquent, pensent, croisent, s’entendent, se confrontent, créent, et certains s’expriment dans des narrations géniales, visuelles souvent et parfois somptueuses, à la télévision, au cinéma, en interactivités diverses et encore simplement avec des mots. La musique, dont on dit le milieu appauvri, ne cesse de m’exciter les cages à miel, de m’insuffler son énergie et n’en finit pas d’intéresser les gros bonnets.

Je ne paye pas pour tout ce que je consomme, c’est un fait et une certitude, mais je participe du mouvement, et c’est, je le crois, l’essentiel et le plus important.

D’autres feront les comptes. Nos successeurs diront si nous avons tout cassé ou si nous avons atteint des sommets de richesses bien souvent camouflées.

J’imagine les 10 milliards de gamins qui dans quelque temps devront s’inoculer les cultures et l’histoire des 7 milliards que nous aurons été, ce sera certainement une incroyable orgie, comme aujourd’hui. Incontrôlable au fond, quoi qu’ils fassent, et bien policée en surface, comme aujourd’hui. Impersonnelle et égocentrique à la fois, malheureusement, gorgée de «moi je…» et en même temps hyper connectée et du coup hyper informée, presque omnisciente de balivernes et de monstrations avariées, hyper angoissée aussi de ne toujours pas savoir ce qu’on fait là après avoir appris pourtant quasiment tout le reste putain ! Une orgie d’individus forcément très incompétents puisque parfaitement dépendants des milliards d’autres qui s’activent et parfois en communautés ou en sociétés, de droit ou moins. Un amalgame de croyances dans la fourmilière de sens, d’émotions, d’interactions et de frictions, empêtrée encore entre passéismes et libéralismes, entre les codes de conduite et tout le reste et qu’est la vie.

Tout ça fait carrément flipper, aujourd’hui fait flipper. Vivre, fait flipper, mais en se focalisant sur ce qu’il y a de bon et qu’on ne trouve qu’en s’acharnant de curiosité, vivre fait aussi plaisir vraiment, vivre distrait, vivre impatiente et emballe, même en solitude, de plus en plus concrète et de moins en moins possible en même temps.
L’autre, fait flipper. Toi, tu fais carrément flipper, quand tu es belle à en crever, à en déraper, ou quand je mets à ta disposition le fruit de mes petites entrailles, et quand bien même tu t’en fous. Ton jugement, notamment hâtif, fait peur au moment où, du fait de cette densité des uns sur les autres, il nous faut savoir reculer, prendre notre temps, nous reposer, nous concentrer, nous focaliser, patienter, méditer même. Toi lecteur, acteur, partenaire bien malgré moi, tu peux faire peur, et aussi tu peux devenir ce potentiel infini que tu es nécessairement. Je t’encourage du coup à ne pas être fainéant, à t’armer du doute et de la curiosité, jamais aussi nécessaires qu’en cette époque démarrée où l’information et la technologie nous ont dépassés pour peut-être ne plus jamais nous relâcher. Et dans ce contexte insoutenable, je nous encourage pourtant à mettre un pied devant l’autre, à faire un pas puis un autre, parfois côte-à-côte. Je sais que ce petit bout de chemin en aura valu la peine. Car au bout de celui-ci, et pour peu qu’on veuille encore ouvrir les yeux, on pourra apercevoir le commencement de milliers d’autres et pour un seul moi. Cette vie est opportunités. Cette vie est un inconcevable tumulte de potentiel et d’opportunités.

Et cet écrit était le journal éphémère du soir, l’édito aussi de ce mois de juillet de l’année 2015 déjà parcourue pour moitié. C’était un moment de sérénité et d’espoir, pourtant pas naïf. C’est enfin et parfois ça Terhemis, et ça ne fait que commencer.

Joindre le mouvement

Plaisir partage par Flo DCL

Crédit photo : Plaisir partagé, par Flo Dcl, sous C.C. BY 2.0

Septième éditorial (avril 2015)

Ah ! Cette page du logiciel de traitement de texte, même elle m’avait manqué ! J’ai l’impression de n’avoir pas écrit depuis des lustres. C’est-à-dire que je me suis concentré sur la recréation de terhemis.fr, et que, comme le code n’est pas ma spécialité, j’y ai passé un temps fou. En cette fin mars, peu après le lancement officiel du printemps, je suis, cela dit, bien content. J’ai l’impression d’avoir surmonté un obstacle, d’avoir vaincu et d’en sortir grandi. J’ai désormais un site qui me plaît franchement, que j’assume complètement et que je suis même prêt à promouvoir. Une belle vitrine pour mes textes qu’il ne me reste plus qu’à montrer… et à produire encore et encore. Ça doit rouler maintenant ! Je dois vraiment continuer, persévérer, avancer sur cette voie que je me trace en temps réel : être auteur, d’écrits certes, mais plus seulement, d’image et de contexte aussi. Les outils du web permettent de mettre en valeur la créativité, de faire savoir et de partager et il serait vraiment trop dommage de ne pas en profiter.

Oui, non seulement je veux produire, mais je veux partager, et pas seulement ce que j’ai produit. Je veux partager ce que j’ai perçu et qui m’a plu ou touché ou emporté et j’ai très envie de le faire en plongeant dans cette époque du multimédia, des médias de tout type mais qui se donnent presque intégralement par cet unique canal, au fil de cette toile infernale et qui, après une quinzaine d’années, n’en finit plus de m’épater. Le web reste extraordinaire, notamment parce qu’il s’enrichit de jour en jour. Difficile de déclarer sa flamme à un engin si complexe en réalité, si dense, sur lequel on trouve le meilleur comme le pire, et qui, s’il reflète en tous ces points la vie, n’en est pas moins souvent qu’un pâle reflet.
Sauf que régulièrement, j’y trouve des choses qui lui donnent, à cette vie, une dimension supplémentaire. Au fond, c’est ce que je veux apporter aussi : cet ingrédient qui ajoute à la richesse infinie qui nous entoure déjà. Je veux participer, en somme, et si le web n’est qu’un outil, il a le mérite d’être et surtout d’être à la mesure de n’importe quelle ambition.

Arf, point trop n’en faut… et en même temps, mon site, je l’aime, et mon Tumblr aussi. Pensez, j’y investis tellement de temps et d’énergie… Ce que je voyais comme un biais pour arriver à mes fins et en train de devenir la raison d’être, tandis que je retrouve ma mesure d’individu là-dedans, minuscule et au mieux complémentaire. Je suis réellement fasciné par tout ce qu’on trouve d’intéressant sur Tumblr, sur Flickr ou sur Vimeo et consorts, par exemple. Et bien que WordPress pose parfois problème, il reste une superbe base de travail, géniale même, parce qu’elle peut devenir à peu près n’importe quoi et s’adapter à n’importe qui, pour peu qu’on s’y implique. Et tout ça n’existerait pas sans les communautés qui initient, font vivre et exploitent ces outils d’aujourd’hui, alors merci à tous !

Ne reste plus qu’à aimer davantage et pour les bonnes raisons mes mots, à croire sincèrement en mes capacités et à continuer, surtout, d’aller vers l’autre et donc de l’avant. Car toutes ces expressions ne sont finalement rien d’autre que des opportunités d’échanger, que des propositions qui seront ou non acceptées et qui alors feront réellement sens. J’intègre petit à petit qu’il ne s’agit pas de viser la perfection, mais de trouver la juste adresse quelque part entre la qualité, l’accessibilité, la spontanéité et la récurrence. Il n’y a pas à tergiverser, il n’y a qu’à continuer d’essayer, en se faisant toujours plus plaisir.

Et comme un bon tempo n’arrive jamais vraiment par hasard, je repartage cette vidéo d’une conférence TED sur les éventuelles avancées démocratiques liées au code et à internet.

Merci Nikopik d’avoir partagé cette vidéo

C’est le moment de continuer !

Bird of cool par Florent Chretien

Crédit photo : Bird of cool, par Florent Chretien, sous C.C. BY 2.0

Sixième éditorial (mars 2015)

Tout a été décalé d’une semaine. C’est la vie, c’est la mort… c’est ainsi. Il faut parfois couper dans le quotidien et retourner à la réalité : la vie suit son cours, elle fait son chemin et nous mène à l’après. Alors voici mon rythme et mon éditorial, ébauché avant la perte, tous chamboulés. Ça me rappelle à la peur : celle de n’être toujours nulle part au moment de partir, au moment de quitter non plus un endroit ou une personne, mais la vie. Et de fait, ça me rappelle à mes objectifs et plus encore à ce qui me dicte d’avancer.

Car cette peur est légitime, elle est en regard du réel, de ce temps qui passe, de la vie qui nous échappe, des choix qu’on doit faire, des décisions qu’on prend, de ceux qu’on abandonne ou qui nous abandonnent. Que sera-t-on sans eux, que sera-t-on au final ? Rien, probablement. Encore et toujours rien qu’un peu de poussière en devenir. Alors au fond, rien n’a changé. Je veux toujours essayer, toujours faire à ma façon et vivre à mon rythme… au risque d’avoir tout manqué. Ceux qui me mettent en garde sur ce que je risque à ne pas m’intégrer au moule ne font que convoquer leurs propres angoisses. Car si je chemine lentement, forcément trop lentement par rapport à ce court laps de temps qui m’aura été accordé, je chemine.

Alors oui, je dois encore et toujours préciser mon flux de travail et je dois plus souvent et mieux en dévoiler le fruit… mais je travaille… et à l’occasion je dévoile. Quoi qu’il en soit, j’ai envie, et si je sais déjà que la vie aura été courte, ce n’est pas parce que je me languis ou que j’aurai perdu mon temps, mais au contraire parce que je fais, veux faire, et certainement trop de choses. Tant mieux.

Ainsi, ce mois de février tout juste dépassé en ce qui me concerne, je l’ai dédié à la refonte du site. Je me suis lancé dans le code un peu soudainement, dans la continuité de ces réflexions sur le support de publication idéal, et j’ai hâte de pouvoir vous montrer cette nouvelle mouture. Elle sera prête pour le premier anniversaire du site (lancé en avril 2014) et devrait en arracher la plupart des incohérences. Notamment, terhemis.fr aura enfin un titre, un vrai, et non plus seulement une adresse. Réalités et Fictions sera (et est déjà) plus logique, plus accessible, plus lisible, plus visuel, et il sera davantage dans l’air du web actuel, dans l’air du temps numérique et multi-médias. De cette façon, cette seconde version du site l’en rapprochera de l’outil idéal que donc, je ne fais pas qu’imaginer.

Le code est un véritable défi, tantôt gratifiant, tantôt frustrant, mais l’idée de pouvoir apporter quelque chose avec mon contenu et de pouvoir enfin me focaliser dessus me grise. Lectures, illustrées dès que possible par de la prise de vue, travail à partir de la photographie et de la fiction cinématographique, diversification dans le format et dans le ton… même si ça ne se voit pas encore bien par ici, ces mois de janvier et de février ont été de vrais moments productifs.

Me voilà donc plongé en pleine continuité – parfois malmenée – y compris dans celle des remises en question partiellement évoquées en décembre. Implication sur Twitter, Tumblr, SensCritique, début de quelque chose sur SoundCloud, tests pour le moment peu concluants sur Medium et Youtube… Oui, je me disperse, et pourtant ma motivation n’a jamais été aussi forte. J’ai l’impression d’aller dans tous les sens mais de savoir où je vais. C’est-à-dire que j’essaye de saisir le web dans sa globalité tout en étant perpétuellement dynamité par sa densité, sa richesse, sa variété. Il me reste donc à y trouver un équilibre, et à m’y accorder tout en trouvant le moyen d’y déployer ma personnalité. J’en suis sûr, je trouverai ce rythme de croisière qui me fait encore défaut, et je pérenniserai ce flux de travail heureusement mais trop sûrement malléable.

Outre cette semaine accordée à la famille, je sais déjà d’ici-là quelques étapes :

  • Plonger dans ~ le monde et l’imaginaire ~ en validant et publiant Réalités et Fictions, avant la fin du mois si possible.
  • Participer au NaNoWriMo Camp d’avril et produire de la fiction, de la vraie, si j’en suis cap’.
  • Déménager (peut-être) en mai et répondre au tremplin pour l’utopie (ça oui ! Si j’en suis cap’).

Et tout ça en continuant ce qui a déjà été enclenché : les mots sur les images, les histoires et le monde, ici ou sur Tumblr, et la production à 14 mains au sein de l’atelier d’écriture, par exemple.

Définitivement, il est grand temps de continuer ! Alors je nous souhaite bien du courage ! À nous les écrivaillants, et aux autres.
À très vite sur terhemis.fr et sur le web super moderne.

Élévation

Golden Gate fog par Vincent Lock

Crédit photo : Golden Gate fog, par Vincent Lock, sous C.C. BY 2.0

Cinquième éditorial (décembre 2014), septième et dernière partie

Les réflexions sur mon activité qui ont précédé m’ont toutes permis d’avancer, mais il est temps de les clore temporairement pour retourner à l’essentiel. À l’occasion, elles ont mené vers des réflexions plus générales qu’il a parfois fallu laisser de côté. Quoi de mieux pour conclure cette série de la fin d’une année, que d’en embrasser quelques-unes pour sortir peu à peu du moi et approcher l’ensemble, le monde, l’humain ?

Tandis que 2014 touche à sa fin, j’ai l’impression que je viens seulement de commencer, que tout vient de recommencer. En fait, c’est vrai, le mois de l’année et le fait qu’elle s’achève n’ont pas grand-chose à voir avec mon développement personnel ou mon développement professionnel.

Activité

J’hésite encore et toujours à associer ces deux notions. Peut-être parce que je n’assume toujours pas l’idée de situer mon écriture dans ce plan professionnel, plus sûrement parce que j’estime, quelle que soit sa qualité ou son ambition, qu’elle concerne au moins autant mon développement personnel que mon développement professionnel. Peut-être que l’erreur que je fais n’est donc pas tant de mal considérer mon écriture, mais cette chose professionnelle.

Il me semble que l’implication en temps comme en énergie que demande l’entretien d’une carrière dans le monde du travail (en l’occurrence salarié, monnayé, de près ou de loin) ne permet pas d’en octroyer suffisamment à la recherche de soi. Je vois bien, pourtant, que beaucoup tirent confiance en soi et estime de soi de leur position professionnelle. S’il s’agit de hiérarchie ou de salaire, cette confiance ou cette supériorité n’ont ni sens ni valeur à mes yeux. Pour ce qui est de l’activité en revanche, du domaine de l’activité, de sa valeur, de son impact éventuellement positif, alors il est évident qu’elle doit nourrir et à plein le moi.

Reste que cette activité m’apparaît plutôt comme un détournement que comme une solution. Je ne nie pas que certains trouvent leur place et le meilleur moyen de se développer humainement dans leur activité professionnelle, mais je constate que, bien souvent, cette même activité n’influe en rien sur le comportement et le relationnel, ou du moins pas positivement. S’il est clair que ça ne peut pas être de notre fonction que nous tirons notre valeur, c’est par ce que nous y mettons de nous que nous exprimons le mieux qui nous sommes.

Monnaie

Impossible de déterminer pourtant si être et se réfléchir, si se concevoir et s’infléchir, est plus important que d’avoir la bonne place en société, ou même seulement une bonne place. Je préfère suivre cette voie d’une personne plutôt que d’une place, mais ne peux ni ne veux l’imposer. J’ai moi-même peur de m’égarer, de suivre un chemin absurde, voire déplacé : puisque l’argent permet de survivre, pourquoi chercher à vivre ? Pourquoi se chercher et se compliquer l’existence de problèmes philosophiques vaporeux, quand la matière pèse déjà tant et si sûrement ?

Ce moyen d’échanger qu’est la monnaie a pour lui d’offrir l’illusion d’une équité, a pour lui de simplifier le rapport entre les hommes. Cette monnaie n’a certainement pas fait de chacun un juste alter ego de l’autre, mais d’une certaine manière, un esclave de l’usine « délocalisée » parle le même langage qu’un riche patron « local ». Et cela même s’il lui est quasiment impossible de s’adresser à lui, notamment parce qu’un intermédiaire bien content de sa situation, et on le comprend, fait aussi respecter ce langage, avec ses tabous et ses excuses, sans donc réfléchir plus que ça la valeur du temps et de l’énergie que déploie chacun.

Ils restent ceux-là, les paramètres les plus importants de notre existence (le temps et l’énergie), ceux qui s’épuisent inévitablement, quand l’argent et le pouvoir ne sont que des substituts. Ce qui est insupportable, c’est quand ce pouvoir et cette capacité financière sont héréditaires. Parce qu’autrement, il faut bien en dépenser, du temps et de l’énergie, pour obtenir ce pouvoir et cet argent qui permettent ensuite de faire travailler l’autre pour soi. En Europe notamment, on élit désormais ceux qui obtiennent l’autorité, pourtant, les acquis ont tendance à rester, dans un milieu social, dans un secteur, dans une famille…

Troc

Il se dit par chez nous que « tout travail mérite salaire ». Est-ce dire que tout échange humain, d’une ressource ou d’un service, doit être mesuré à hauteur de bourse ? J’ai bien du mal à envisager un autre système que celui dans lequel je vis depuis ma naissance, et même, je ne peux m’empêcher de me trouver naïf et d’être dubitatif quant à ce que file cette réflexion… et pourtant, je comprends cette idée d’un retour perçu comme nécessaire par certains à ce que l’on peut rassembler sous la bannière du « troc ».

Ce serait effectivement plus simple si je pouvais échanger au boulanger sa baguette contre mon service, ou contre la denrée que j’aurais moi-même préparée ou fait pousser. Cela permettrait au moins de réincarner l’échange : je ne donnerais plus ma monnaie à un ou une caissière miné(e) par la répétitivité de sa tâche, je discuterais avec un être humain qui m’expliquerait en quoi sa denrée est précieuse. J’apprendrais plutôt que je consommerais, je ferais travailler mes capacités et mes sens humains au lieu de participer au déploiement de la machine.

Surtout, l’équité de l’échange serait décidée par les deux individus concernés (ce qui, certes, pousse à débattre, chose fatigante, et nous sommes feignants) et non par une tierce partie, qui s’accapare pour ce piètre service une part (devenue intolérable) de la richesse de chacun.
On se protège – encore une fois, on vit par la peur – quand on accumule sur un compte ce qui devrait nous permettre de passer l’hiver prochain, mais on se compromet quand on accorde à quelqu’un qui apparaît bien peu concerné et encore moins impliqué, le « soin » de définir la valeur de notre ressource, de notre énergie et de notre temps, et finalement, de notre personne.

Waiting for the sun par Mararie

Crédit photo : Waiting for the sun, par Mararie, sous C.C. BY-SA 2.0

Valeur

Cela dit, quelle valeur accorder à ce que je produis, à ces textes, à ces idées peut-être, à ce qui m’anime, et animera possiblement quelqu’un d’autre ? Puisque je ne sais quelle valeur accorder à ma richesse, et donc quelle valeur m’accorder, comment pourrais-je déterminer le prix de tout ça ? Devrais-je considérer le temps que je passe à inscrire, ou privilégier l’effet de mes inscriptions sur autrui, sur celui qui récupère ma production pour lui ? Quel que soit le système de valeur – monnayé ou non – je me retrouve bien démuni.

Dans les faits, je choisis du coup de n’attribuer aucune valeur autre que théorique à ma production. Ce n’est pas pour autant qu’elle n’a aucune valeur financière, mais je détourne la réponse, qui existe je crois : pour ce qui est de la création, c’est à celui qui la perçoit d’en déterminer la valeur ; de fixer le prix selon qu’il a été touché ou non. Autrement dit, l’art n’a pas de valeur, ou de valeur intrinsèque. L’art étant cette nécessité d’agir pour quelque chose d’injustifiable vraiment. On peut essayer autant qu’on veut, et on y parvient presque, mais il faut probablement échouer à le quantifier, ou à le rationaliser une bonne fois pour toutes, pour qu’il signifie encore quelque chose. L’art n’est pas une matière première.

Comment, quand tout s’échange ou se paye, faire valoir la recherche, la quête de sens (ou de réponses) plutôt que d’une valeur ? C’est impossible. Il est des choses, donc, qui se donnent, et qu’on n’a pas réellement le choix d’accepter ou de refuser. Vous pourriez occulter tout ceci, ça nous serait tout de même destiné, à nous tous, à vous comme à moi.

Humain

Pourtant, il est logique et nécessaire qu’on en passe par là, par la monnaie, par cette époque et par ces incohérences sociétales ou sociales ou humaines. Avant ça, et encore ailleurs, le voisin s’imposait par l’arme et l’offensive. C’est aussi parce que l’arme est devenue à ce point dévastatrice aujourd’hui, qu’elle fige dans une peur relative et certainement temporaire ceux qui s’affrontent. Une façon plus positive de considérer la chose mercantile et industrielle à l’échelle planétaire, ou plutôt mondiale, est de saisir qu’elle permet de construire les maisons de ce voisin à des milliers de kilomètres plus loin, ou de vendre son pain à l’autre bout du globe.

J’espère simplement qu’on dépassera cet état, qu’on aura un jour la conscience collective et complète qu’envahir à gauche et à droite revient à essayer de posséder toujours plus de ce qui est de toute façon fini. C’est con et naïf, je le sais, mais on occupe la même putain de planète (c’est surtout facile à dire, quand on n’a jamais manqué de rien…) et l’espace (par-delà le ciel) n’y changera rien, ou ne ferait que décaler puis amplifier le même problème.
Certes, un sol brûlé ne permet pas à l’existence qui s’y meut de vivre comme sur un sol fertile, mais ce qu’il prend en labeur, il le donne en liberté. Et si ne devoir à personne ce qu’on obtient soi-même n’est pas suffisant, alors il faudra intégrer le contexte de l’élaboration de la richesse au moment de lui accorder une valeur.

En d’autres termes, nous devons apprendre à mieux échanger et finalement à partager, quelle que soit notre ressource, notre capacité, notre temps ou notre énergie disponibles. Pour cela, pour trouver un équilibre, faudrait-il encore arrêter notre accumulation sans fin. Être humain, jusqu’au bout, passera par la nécessité de se voir aussi bien comme un fléau que comme une bénédiction, autant comme un apport que comme un poids, d’embrasser notre potentiel dans son ensemble, d’impacts négatifs et positifs, bref, de trouver notre juste mesure, mais de mesurer enfin.

Bon, je veux parler de tout, mais bien sûr je ne peux pas, ou pas avec la même densité. Ce que j’aime dans des divertissements tels que The Leftovers ou Masters of Sex est pourtant du même ordre que ce qui m’a mené au final de cette (ré)flexion : c’est cet intérêt pour l’humain, pour ce qui nous définie et nous façonne. Alors oui, peut-être est-il finalement légitime de ne pas se contenter d’un seul sujet, d’un seul point de vue, mais de faire appel à l’ensemble de ce qui traverse mon existence, à l’univers, en somme, pour aller fouiller dans ce qui nous caractérise.

Quelles que soient les limites de ce texte, il a pour lui d’essayer la synthèse de ce tout et d’en figer une ébauche supplémentaire. J’aurai avec lui écrit et présenté ces éditoriaux tout au long du mois. Ils feront office de bilan et cette bonne (bien qu’imparfaite) série de publications me donnera l’occasion d’engager 2015 avec sérénité. Car je compte bien continuer ce pèlerinage jusqu’au sens, sans pour autant oublier l’autre destination clé, celle du plaisir. Deux ingrédients qui, je l’espère encore et toujours, me permettront de gagner votre curiosité.

Je vous donne donc rendez-vous l’année prochaine, dans quelques jours seulement, une fois la transition faite, et vous souhaite autour d’elle un repos réparateur et d’heureux rassemblements.

Organisation

Observation deck, JP Morgan Chase Towers par Sarath Kuchi

Crédit photo : Observation deck, par Sarath Kuchi, sous C.C. BY-SA 2.0

Cinquième éditorial (décembre 2014), sixième partie

Que ce soit pour relier les recherches par rapport au site entre elles, et ces recherches à celles sur mon écriture, pour faire cohabiter les univers de fictions distinctes et les observations du monde réel, ou pour garder à portée de main les vieux comme les récents enregistrements sur lesquels je sais avoir intérêt à revenir, il me faut organiser, et bien, mes différentes expressions.

J’ai donné précédemment un aperçu de ce qui me préoccupe « en ce moment ». Tout cela a dû apparaître bien étrange. Je suppose même que ces questionnements ne font pas réellement sens pour l’autre. « Pourquoi se prendre la tête sur ce contexte alors qu’il suffirait de produire du contenu, du vrai ? ». Je ne suis pas sûr d’avoir de bonne réponse et il est certain que le temps passé à tourner autour du pot n’y ajoute pas d’argile. Je sais par contre que c’est ainsi que je fonctionne, que mon processus implique d’appréhender pour ensuite ou ailleurs manipuler.

Circuler

Ces questionnements présentés, comme d’autres, et tous les écrits plus accessibles, cohabitent donc sur mes feuilles. Pour en manœuvrer la masse, je suis depuis longtemps passé à des feuilles numériques, mais ça n’a pas suffi, et je me sentais encore et toujours perdu.

J’ai tenté différentes approches, logicielles ou d’organisation, jusqu’à ce trimestre, qui a été l’occasion d’une dernière transformation de mes archives en perpétuelle mutation.

Pour le dire le plus simplement possible, je suis en train de passer d’une organisation à l’aide d’un système hiérarchique à une organisation par filtre. Au lieu d’accéder à un contenu situé dans un dossier ou une catégorie, eux-mêmes contenus dans un ou une autre et ainsi de suite, je rassemble ces contenus à l’aide d’étiquettes qui me permettent de trier depuis la masse.

Là où la hiérarchie m’imposait de choisir entre un endroit ou un autre, entre une catégorie plutôt qu’une autre, ce principe des étiquettes me permet de mêler une approche horizontale à celle verticale : d’ajouter des caractéristiques à mes écrits et grâce à elles de traverser les catégories.

Ce qui était une critique cinématographique, c’est-à-dire un sous-type de critique, elle-même un sous-type de l’observation, devient une observation avec des composantes : perspective critique, domaine cinématographique. Ça sonne similaire, mais au lieu d’approcher mon écrit par un unique biais, j’apprends à le faire par plusieurs et lui octroie autant de portes d’accès.

Voir

En plus de mieux circuler entre mes textes, j’obtiens ainsi une vision d’ensemble et préalable à l’ouverture des fichiers. Je n’ai plus seulement un titre et éventuellement la date pour me repérer dans mes écrits déterrés, je peux les aborder grâce à des composantes plus ou moins déterminantes. Je leur attribue par exemple un degré de finition (de l’ébauche au texte fignolé et s’il a été publié ou non), des éléments de contenu (si des images ou de l’audio sont inclus), et même une note allant de 1 à 5. Avec toutes ces étiquettes, je peux aussi mieux quantifier : tel groupe prend trop d’importance, tel autre pas assez. L’idée est de pouvoir se focaliser sur ce qui est à développer et de savoir revenir sur ce qui le mérite plutôt que de rester égaré entre des dizaines de journaux ou d’idées de scénarios.

Pour en arriver là, car ce n’est pas encore complètement fait, je dois relire et traiter l’une après l’autre ces tentatives d’expression et de compréhension des dix dernières années et ajuster au fur et à mesure mes critères de classification.
À l’occasion de ces relectures, j’ai logiquement l’impression que certaines tentatives infructueuses pourraient être supprimées. Pour le moment, je les garde en me disant qu’elles font partie de mon parcours. D’autres essais, à l’inverse, ressortent des limbes pour me rappeler que mon évolution ne va pas forcément qu’en s’améliorant. Elle est d’abord une suite d’échecs et de réussites. Je comprends que tant que j’essaye, je m’offre la possibilité de nouvelles avancées.

Toutes ces impressions sur mon travail, pourtant, ne sont que les miennes. Elles manqueront tôt ou tard d’un recul spécifique que seul l’autre est capable d’apporter. C’est aussi pour cette raison que je dois publier, non pas seulement pour ne pas m’exprimer seul, mais pour profiter du retour de l’autre, de votre retour. Et avant de publier, je dois bien choisir, sélectionner ou améliorer, c’est-à-dire faire ce travail éditorial qui souvent m’exaspère, dans la mesure où il recule la production pure tout en me donnant une raison de plus de l’éviter.

Re-Découvrir

Cette démarche s’avère pourtant cohérente puisque l’élaboration de ce site qui me permet justement de publier, s’est avérée être un palier dans la maturation de mon organisation. C’est pendant cette élaboration que j’en suis venu à distinguer et établir mes trois champs d’écriture [devenus deux depuis…].

Si l’écriture « personnelle » de l’ordre du journal et celle d’imagination plus spécifique aux fictions sont évidentes pour quiconque, je ne crois pas que celle d’observation le soit. Il est naturel pour les dessinateurs de commencer par le dessin d’observation, mais décrire serait inutile, et presque une aberration, pour l’écriveur. Or, on s’en aperçoit grâce à l’exemple de la critique cinématographique : lorsqu’on replace cette activité de critique à sa place, c’est bien, d’abord, d’observation dont il s’agit. Ce que j’ai compris en retroussant ces évidences pour me les approprier, c’est qu’il serait absurde d’arrêter ce travail d’observation à la critique des objets culturels.

Nous sommes habitués (ou avons été habitués) à écrire à partir d’autres écrits, de films et dans une moindre mesure de musique, et je veux continuer de le faire, mais je veux aussi m’atteler à observer, avant de les analyser d’avantage et éventuellement de les juger, le monde et l’autre au moins. Observer la ville, le monde animal ou végétal, la personne, les images… Ce travail d’observation est évidemment une clé pour développer celui d’imagination. Il faut observer et comprendre avant d’inventer (ou plutôt, donc, de réinventer), et dire avec des mots simples la richesse et la subtilité de ce qui nous entoure n’est pas chose aisée ou innée (ou en tout cas, ne l’est pas pour moi).

Vous aurez compris, à travers ce décèlement d’un pan tout entier de mon écriture, en quoi cette ré-interprétation constante de tout ce qui m’occupe, y compris la gestion de ma propre production, est légitime et profitable.

Dans la prochaine et dernière partie, j’essaierai de donner plus d’ampleur à ces circonvolutions, de partir de préoccupations personnelles pour aborder des problématiques plus universelles.

Transcription

Escaping While Hearing Your Own Subtly Unique Voice par Surian Soosay

Crédit photo : Escaping While Hearing Your Own Subtly Unique Voice, par Surian Soosay, sous C.C. BY 2.0

Cinquième éditorial (décembre 2014), cinquième partie

Un autre de mes chantiers d’écriture se déroule donc à l’oral, et pour ce qui est de son exploitation, je ne suis là encore pas très au point. En fait, je n’ai transformé que deux de mes écrits-à-l’oral en quelque chose d’autre. Il n’en fallait visiblement pas plus pour que je me demande mieux comment et pourquoi.

Des « journaux vocaux », puisque c’est le nom que j’ai donné à mes « mémos », j’en écris – car je considère que c’est un autre type d’écriture, « à la voix » plutôt qu’à la main – depuis 2010. Je m’étais alors enfin décidé à me procurer un dictaphone. Depuis, je n’enregistre plus ces réflexions sur un dictaphone indépendant, mais directement dans mon « classeur de notes » et à l’aide de mon intelliphone, mais c’est un autre sujet.

Écrire, ou dire, autrement

Dès le deuxième enregistrement, je cherchais à définir l’intérêt de ces « journaux à l’oral » par rapport à ce que je formulais à l’écrit depuis des années déjà. En voilà (une partie de) la transcription (profitons-en, c’est le sujet) :

« Je viens de réécouter le premier essai de prise vocale pour un (futur) avis cinéphile : c’est extrêmement différent de ce que j’ai l’habitude de faire à l’écrit.
Au lieu du texte définitif qui paraît sur mes différents blogues, qui est le concentré de ce que j’aimerais que les autres retiennent (si jamais ils me lisent), j’obtiens quelque chose de plus spontané. J’enregistre pour moi (même si, du coup, ça me fait envisager de mettre en ligne des commentaires audio) : ce sont, pour le moment, des prises personnelles, qui doivent me servir à me rappeler des choses, et elles privilégient donc la réflexion à la rédaction ou à l’expression.
Au lieu de figer grâce à un médium (écrit ou audio) les conclusions de ma réflexion, m’enregistrer me permet de (re)tracer cette réflexion. C’est plus lent, plus mou (et si j’enregistrais quelque chose à publier, il faudrait que ce soit plus rapide, plus enjoué, mieux construit, sans temps mort…).

Je pense que ces mémos personnels vont beaucoup m’aider, qu’ils sont intéressants dans le cadre de mon « cursus ». C’est-à-dire que quand j’aurai besoin de créer […], avoir ces mémos archivés devrait me permettre de recréer à partir d’émotions que j’ai pu ressentir au moment de les faire ou juste avant. »

Récupérer l’autrement

Tout ça est encore vrai. Le problème qui se pose, c’est que plus j’enregistre de journaux, plus je passerai de temps à les transcrire. Or, le temps passé à la transcription peut être jusqu’à 7 fois plus long que l’enregistrement. Une heure ou deux de réflexion sans contrainte peut donc me demander jusqu’à un jour de travail, voire deux. Est-ce légitime ? Ce temps passé à transcrire quelque chose de daté (périmé même, quand la réflexion est depuis lors dépassée) au lieu de produire, n’est-il pas du temps perdu ?

Cela dépend… Si ce journal ancien est l’occasion de revenir sur une réflexion inachevée et de l’agrémenter, alors j’y gagne. Si, à l’inverse, il s’agit juste de passer un écrit d’un support à un autre pour pouvoir à nouveau naviguer dedans, c’est probablement moins vrai. Car le problème de ces enregistrements, c’est qu’il est impossible d’en connaître le contenu à moins de se déplacer dedans et d’écouter. Un texte se parcourt en diagonale et les outils de recherche savent les pénétrer, mes enregistrements d’un autre côté sont comme des images pour ces mêmes outils : de beaux trous noirs, avec, tout de même, un titre.

Le problème, c’est que je me laisse souvent aller : je digresse et même je divague, je mêle toutes sortes d’impressions dans tout un tas de domaines… et je n’en finis pas. C’est aussi tout l’intérêt de cet exercice, avec lequel je peux jouir librement de tout ce qui me passe par la tête, mais de fait, je ne chapitre pas, je ne m’organise pas pour pouvoir facilement remettre les pieds par là.

Apprendre à gérer l’autrement

Qu’en conclure ? Pour le moment, pas grand-chose. J’imagine qu’il y a deux façons de réagir : soit j’altère l’exercice et tente de mieux le maîtriser au risque d’y perdre sur le moment, soit je m’acharne a posteriori pour en tirer tout ce qu’il y a à en tirer et tant pis pour le temps perdu, ou bien (et donc, en fait, ça fait 3…) je laisse ces choses indigestes à leur triste sort jusqu’à ce qu’un archéologue se donne la peine de se les farcir, car ce dont je suis sûr, c’est que je ne peux en aucun cas les publier en l’état. J’ai moi-même du mal à me supporter : je vais trop vite, j’occulte, ou je piétine lamentablement, je me répète, ou je passe du coq à l’âne, je m’attarde sur des sujets qui me semblent n’avoir plus aucune importance… bref, c’est un calvaire.

La solution, une fois de plus (puisque je ne suis toujours pas un gars ultra motivé ou qui arrive véritablement à se forcer), se trouvera dans un peu des trois hypothèses : je transcrirai des journaux et peut-être pas d’autres, parfois sans faire l’effort de rendre la chose agréable à parcourir, parfois en m’y attelant et même en y ajoutant du moi présent.

Quant à ce que vous, cher lecteur, en retirerez…

Du texte, du meta-texte (autrement dit : du texte à propos du texte, ou des publications à propos du site…), différents supports d’écriture, des thèmes par dizaines et même différents lieux de publication… J’ai tenté de simplifier le plus possible avant d’ouvrir ce site, j’ai vraiment voulu tout y rassembler pour ne pas m’épuiser et pourtant, plus j’avance et plus je m’éparpille (ou du moins en ai-je l’impression). C’est pourquoi, en même temps que j’essaye d’être simple, je m’organise. Ce sera le sujet de la prochaine partie.

Typologie

Lower case par John Nuttall

Crédit photo : Lower case, par John Nuttall, sous C.C. BY 2.0

Cinquième éditorial (décembre 2014), quatrième partie

Mettons qu’ici soit le lieu de ce meta-texte, de ces explications et de cette communication avec d’autres au sujet de l’écriture et de mes recherches. Quelles sont celles qui m’occupent en ce moment ?

L’un des clous que je cherche à enfoncer concerne la classification de ma production.

Format d’écriture ou type d’écriture ?

Il a bien fallu commencer quelque part et j’ai fait tout mon possible pour que ma classification sur Réalités & Fictions soit pérenne. Je savais cela dit qu’essayer d’estimer par avance tous les types d’écrits qu’il me serait possible de produire ne suffirait pas à me les faire apparaître. De plus, la concision n’a jamais été mon fort. Il est donc logique que ce soit en écrivant – au hasard d’une envie ou peut-être d’un besoin – de courts textes, qui s’avéreraient méritants et publiables en l’état, que je me sois finalement demandé comment les présenter et comment les regrouper.

Puisque j’ai manqué d’envisager cette hypothèse de la micro-édition au moment de concevoir le site, je me suis posé la question devant le fait accompli : devrais-je intégrer ces courtes choses (qui ne sont pourtant pas des ébauches) aux autres types de publication, ou leur taille constitue-t-elle un nouveau type et donc une nouvelle catégorie ?
J’avais d’abord choisi d’initier un corpus appelé Minuscule et de l’insérer dans mes Réalités. Je voulais dépasser les catégories sachant que les deux principales (Réalités d’un côté, Fictions de l’autre) ne sont pas faites pour recevoir directement mes textes, mais je ne savais pas vraiment quoi faire de ces courts écrits.

Ce flottement m’a quoi qu’il en soit permis de prendre conscience d’un amalgame que l’édition et la librairie colportent, mais dont j’aimerais personnellement me défaire : le format d’un écrit ne devrait pas justifier son genre (et donc, pour moi, de le mettre dans telle catégorie ou dans telle autre ; encore qu’il faudrait s’entendre sur ce qu’est un genre). Une nouvelle, c’est d’abord un format, même si c’est devenu un genre (ou plutôt un marché ?), mais ça ne peut pas être un type d’écriture, pas plus que ce n’est un ton. Une réflexion peut bien être courte ou longue, une fiction peut bien se suffire de quelques lignes ou s’étaler sur plusieurs tomes. Bref, je dois revenir sur mes critères de distinction et mieux les redéfinir. Le support n’est pas le format, le genre n’est pas le thème, pas plus qu’il n’est le ton, et ainsi de suite.

À partir de là, j’ai distingué 6 formats littéraires. Littéraire au sens de la lettre, qui n’est pas la meilleure unité de mesure du texte, mais reste notre unité indivisible. Et puisqu’un mot ne fait pas encore un texte et que plusieurs mots forment une phrase, il faut bien commencer par elle.

Classer à nouveau, en tenant mieux compte du format cette fois

Il y des textes d’une taille

  • de l’ordre de la phrase
  • de l’ordre du paragraphe
  • de l’ordre de la page
  • de l’ordre du chapitre
  • de l’ordre du tome [un livre]
  • de l’ordre de la saga ? série ? compilation ? [plusieurs livres]

Ainsi, un texte d’une taille d’environ une phrase pourrait très bien s’intégrer à mes observations, à mes réflexions ou à mes fictions.

Pour visualiser tout ça, je me suis aidé d’un petit tableau :

3 types d'écrit selon 6 formats
Recherche sur la classification des écrits ; décembre 2014 ; cliquez sur l’image pour plus de détails

Bien sûr, un tome peut ne pas être découpé en chapitres, un chapitre peut n’être composé que d’une seule page, qui elle-même peut ne se lire que d’un seul trait, et même un paragraphe peut ne durer qu’une seule phrase, soit parce qu’elle est longue, soit parce qu’il est court. C’est pour ces raisons que je crois bon de penser en « ordre de » grandeur : si certains critères pour découper le texte en formats sont évidents (le point pour la phrase, le saut de ligne pour le paragraphe) et d’autres plus flous (la taille d’une page, ou d’un tome qui pourrait être scindé en plusieurs), c’est aussi en rapport à d’autres (morceaux de) textes qu’ils apparaissent mieux.

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Je pourrais ne pas tenir compte de tous ces paramètres et considérer qu’un texte est un texte et que cela suffit. Son unité déprendrait d’un début et d’une fin que j’accorderais. C’est-à-dire que seul le sujet et éventuellement la date de création ou de publication permettraient de naviguer entre eux. Ce serait certes plus simple pour moi, ce serait l’impression au moins d’une liberté, mais je souhaite qu’un visiteur ou qu’un lecteur puisse s’y retrouver sur le site, qu’il soit emmené si possible d’un endroit à l’autre avec une certaine logique et j’ai besoin, pour avancer de mon côté, de trouver la cohérence de mes pulsions et de mes chemins d’écriture.

Ne me reste donc plus qu’à décider de l’appellation à accorder selon ma convenance bien personnelle (et non pas forcément selon ce qui se fait dans le milieu) à certains types de textes dans des formats particuliers. Est-ce qu’un écrit de l’ordre la phrase doit s’appeler « sentence » pour le domaine de l’observation, « maxime » pour celui de la réflexion et « vers » pour celui de la fiction ? Ou serait-ce une absurdité ? Je ne suis pas encore fixé.

Ce que je constate, c’est que l’observation retranscrite en un texte très court n’est pas abjecte et même qu’elle me convient, comme c’est le cas pour la réflexion. Je n’ai, en revanche, pas encore trouvé le rythme ni le ton de la très courte fiction, que j’aurais d’ailleurs encore tendance à estimer « trop » courte, plutôt que « très » courte.

Dans tous les cas, la concision m’appelle. Écrire en quelques mots et en quelques lignes, à l’inverse d’ici, devient un exercice salvateur, un soulagement.

Il reste, vous l’aurez remarqué, bien du travail à faire et des décisions à prendre avant que je ne me sente à l’aise sur ce point. Si j’avais dû attendre, comme j’ai tendance à le faire, d’être sûr de moi avant d’évoquer la chose, vous n’en n’auriez probablement jamais entendu parler.

Vous n’auriez, possiblement, jamais entendu parler non plus de mes mémos et de leur transcription. Il en sera autrement grâce à la prochaine partie.

Réseau

Social network hub par Mathias Pastwa

Crédit photo : Social network hub, par Mathias Pastwa, sous C.C. BY-ND 2.0

Cinquième éditorial (décembre 2014), troisième partie

J’ai donc un beau bordel à gérer. Très bien. J’aimerais pouvoir rencontrer d’autres énergumènes à bordel et même échanger sur cette gestion. Plus compliqué. Raison de plus pour s’armer de patience et d’outils et continuer de chercher.

Pour ce faire, j’arpente. J’arpente, à l’occasion, mais avec détermination, ces centres supposés d’échange, ces collectivités, ces réseaux virtuels de notre époque. Pas tant pour ce qu’ils sont, mais parce qu’ils devraient me permettre d’accéder aux contenus forgés par ceux qui s’y installent, à tort ou à raison. La lumière sera-t-elle au bout du tunnel ?

Piailler (Twitter)

J’évoquais Twitter dans de précédents éditoriaux, d’abord pour annoncer mon implication, plus tard en expliquant avoir abandonné ce dernier bastion pour moi de relationnel numérique. Du début à la fin de cette expérience, j’éprouvais une réticence à m’insérer dans ce traitement mécanique et trop concis de l’information. Ce qui, au vu de la longueur de cet éditorial, n’a finalement rien d’étonnant.

La plupart des personnes, ou des personnalités, qui exploitent ce biais de communication ne le font que pour répercuter des liens vers leur site. Jamais les connexions établies là ne m’ont permis d’échanger avec quelqu’un. Si je dois me casser l’œil sur un langage spécifique et plein de dièses et d’arobases pour seulement trouver et donner des liens et à peine quelques impressions, je préfère me limiter aux flux de syndication qui remplissent très bien cet office.

Divulguer (Facebook et consorts)

Je ne vais pas développer ici mon incompatibilité avec les réseaux sociaux numériques, mais je dois admettre une certaine perplexité. Facebook m’apparaît comme un vrac d’informations privées et publiques, personnelles et professionnelles, et montre cet ensemble dans un désordre et une mixité qui me sont désagréables. La compagnie de Zuckerberg, comme celle des autres, ne cherche qu’une chose : développer ce flux constant qui captera l’utilisateur client pour ne le relâcher que le plus tard possible, après l’avoir bien engraissé de messages publicitaires.

Google Plus est tout aussi généraliste, mais d’autant plus froid qu’il essaye d’organiser et de segmenter tout en faisant des ponts aux allures de grands écarts. Une recherche d’exhaustivité qui diffuse un peu trop la raison d’être de la chose, à savoir concurrencer un autre géant, certes, mais surtout récolter encore et toujours plus de données personnelles.
Linked In est aussi vide qu’il est spécialisé quand Youtube, génial outil, me semble peuplé de gremlins et de trolls. C’est un peu le problème du web dans son ensemble, malheureusement.

S’inspirer (Tumblr)

C’est dans ce contexte mortifère qu’une amie m’a déclaré qu’il devait bien y avoir des gens de la lettre sur Tumblr. Je ne l’ai pas fait tout de suite, mais j’ai cherché. Et effectivement, il y en a. L’ambiance là ne me repousse pas, cette fois. Au contraire. On sent que le service laisse beaucoup de libertés et chacun en fait bon usage.
Tumblr est autant un réseau social qu’un outil de publication simplifiée, si bien que les utilisateurs essayent d’avoir quelque chose à dire ou à montrer. Outre des collectionneurs, quelques créateurs semblent s’y être fait leur place.

En alliant communauté et publication (et pas simplement partage comme le proposent les précédents services), Tumblr trouve un juste-milieu pertinent. On peut s’y dévoiler, à sa manière, on peut suivre d’autres personnes qui font de même, et l’échange est possible grâce à un système de questions directes ou par la re-publication commentée (qui remplace, si j’ai bien compris, le système de commentaires).

J’ai donc ouvert en ce début de mois un pêle-mêle accessible à l’adresse http://terhemis.tumblr.com : un site compagnon pour Réalités & Fictions, qui me servira à partager ce que j’aime et mes inspirations sans m’obliger à produire pour cela un écrit abouti, et à me faire connaître. Je ne suis qu’au début de cette nouvelle approche, mais j’ai bon espoir que ce soit plus probant cette fois, sachant que j’aime déjà et simplement consulter les pages des autres utilisateurs…

Dire ici, sur Réalités & Fictions.

Tout ça, c’est bien beau, et Tumblr fera une bonne porte d’entrée vers ce site, mais dois-je y réserver ma communication et mes errements ? Probablement pas. Ce pèle-mêle n’est qu’un moyen d’établir le contact et j’ai bien conscience que le meilleur moyen pour accéder à une plus large audience serait de m’insérer dans chaque communauté et de profiter des atouts de chaque service, mais je dois encore me décider à ne le faire que de façon automatique, puisque je ne peux pas être partout en même temps. Cet automatisme me freine et je reste sceptique quant à l’efficacité sur le long-terme d’un tel déploiement tous azimuts. J’écrivais d’ailleurs dans mon manifeste avoir tiré un trait sur cette méthode, mais j’avoue l’envisager à nouveau, ou en tout cas, envisager certaines pistes.
Le plus simple pour communiquer reste donc de le faire dans des éditoriaux qui traitent, comme ici, de l’au-delà de la vie du site et touchent à la réflexion. Remaniés pour la nécessité de cette communication sur mon périple, ils pourraient être plus nombreux, et ce ne serait que leur écho que je transmettrais ailleurs…

Je n’ai, jusqu’ici, pas été très précis à propos de ces errements dont je dis vouloir parler. Je tenterai d’être plus spécifique dans la prochaine partie.

Changement

Room with a view par Hartwig HKD

Crédit photo : Room with a view, par Hartwig HKD, sous C.C. BY-ND 2.0

Cinquième éditorial (décembre 2014), deuxième partie

Malgré les quelques publications mensuelles seulement qui pointent ici, il y a donc une continuité quotidienne à mon écriture, et il m’apparaît que je devrais la mettre en avant elle aussi. Ma problématique à l’heure actuelle se résume peut-être à ceci : chercher est une chose, aboutir un écrit en est une autre. Il me faut donc envisager un nouveau virage dans mes méthodes de travail et intégrer l’influence de la communication sur mon labeur.

Quelles seraient les solutions pour produire et communiquer en parallèle, si ce n’est en même temps ?

Dévoiler (l’ébauche)

Je pourrais publier mes recherches telles quelles, sans les raccorder ou en donner la cohérence temporelle, mais leur teneur serait ainsi davantage diluée : elles sont déjà pour moi des instants que j’ai du mal à rattraper, elles apparaitraient certainement absconses et futiles à un tiers. C’est pourquoi je reste convaincu qu’un travail supplémentaire de médiation et de mise en situation s’impose, et c’est ce supplément que je peine à mettre en œuvre. Voilà par où je manque de redéployer ma production, quand l’écriture mêlée à la réflexion est débordée par cette nécessité de communiquer et d’installer des repères.

Il est évident que ces repères destinés au lecteur me deviendraient une aide précieuse au moment de reprendre le fil de la réflexion, des semaines voire des mois plus tard – chose qui m’est justement difficile. Je me disperse, c’est un fait, je le sais et j’ai décidé de l’assumer et de profiter de ce que ça m’offrait de renouvellement. Le problème tient dans ce que ces repères sont un atout pour le moi du futur devenu lecteur extérieur à la réflexion, mais sont un frein pour le moi du présent qui ne veut qu’avancer le plus loin et le plus vite possible.

Quoi qu’il en soit, montrer ces recherches, ces idées, ces germes de réflexion, ces notes ou ces remarques ou ces morceaux de scénario… dans leur état brut, ne conviendrait pas à mon critère premier pour autoriser la publication : que mes textes soient aboutis au moins du point de vue langagier.
D’une certaine manière, ce vivier de propos que je grossis jour après jour ne peut donc que rester privé. D’un côté, je me perds probablement en voulant sprinter dans cette course de fond, de l’autre, ce n’est qu’en continuant sans cesse que je réussirai effectivement à transformer ces ébauches déconnectées en matière logique et agréable à parcourir.

Rêver (un collectif)

Reste que je me sens seul dans ma démarche comme sur internet. C’est un bon point quand je remarque la propension à reproduire qui y règne, mais ça pèse aussi sur ma capacité, ou plutôt mon envie, de production.

Je n’ai pas abandonné l’espoir de trouver non pas seulement des lecteurs, mais des pairs de pensée, d’expression, voire d’écriture.
A même surgi l’idée d’un collectif, qui m’associerait à quelques uns d’entre eux et grâce auquel le débat serein prendrait une tournure vivante, et surtout interactive. Cette discussion serait permanente et personne ne chercherait à y imposer de point de vue. Ce serait au contraire le travail de ces points de vue, la manœuvre de ces pensées sans cesse probantes mais divergentes, qui nous connecteraient et nous pousseraient à faire et à mieux faire.

Je rêve de pouvoir me lever de mon siège après plusieurs heures de travail solitaire et de concentration intense pour échanger avec d’autres, présents, réels, dont les voix me pénètrent par les oreilles plutôt qu’apparaissent depuis ce fond de moi que je ne sais toujours pas situer. Je n’aurais qu’à me retourner pour profiter, quand je le désirerais, de cet espace ouvert et commun dans lequel fuseraient les notions. Je pourrais me perdre avec eux dans de nouvelles hypothèses, de nouvelles pistes de renouveau, et débuter de les emprunter jusqu’à ce que la fatigue les occulte dans un nouveau sommeil et un nouvel oubli. Mon lit resterait comme il est présentement, juste à côté.

Je parlais de remise à zéro informatique dans la première partie, ces nuits en sont une autre, biologique. Pour le meilleur quand il s’agit de reléguer au rang qu’elles méritent les angoisses et les peurs, et pour le pire quand elles emportent avec l’eau stagnante celles vives d’une réflexion toujours plus prégnante.

Magnifique utopie… qui ne m’ancre qu’un peu plus dans la réalité… avec laquelle je dois donc composer !
Nous verrons comment dans la prochaine partie.