Un auteur libre

Crédit photo : Jump, par Snow_Chan, sous C.C. 0

Jours libres

Aujourd’hui, ça fait trente jours que je suis libre. Le trentième et dernier jour avant que, demain, je ne retourne travailler. C’est ainsi que j’ai décidé de les appeler, ces jours pendant lesquels je peux m’occuper de ce qui m’importe vraiment. Ce ne sont pas des vacances, pas des « week-ends », pas des jours de repos, ce sont les jours pendant lesquels je peux mener la vie que j’aimerais mener constamment. Ces jours où il ne faut pas répondre à tel impératif absurde ou à tel autre un tant soit peu plus légitime, mais qui dans tous les cas m’empêche, d’écrire, de penser, de projeter, d’apprendre.

Flore Vasseur disait récemment dans ce discours qui m’a tant touché : « Douter, apprendre, comprendre. », ce qu’on ne peut pas faire quand il faut être rentable, quand on est employé, qu’on a des comptes à rendre. Être libre, c’est aussi n’avoir à n’en rendre qu’à soi, c’est choisir son rythme, c’est être le seul à pouvoir juger, à la fin de la journée, si elle a été fructueuse ou si je me suis laissé aller. Et pour l’essentiel, durant ce mois de juillet décalé, j’ai bossé. Au figuré, car ma vocation n’a pas grand-chose du labeur physique, mais au sens propre aussi, car à force de rester assis, concentré, les yeux rivés dans l’écran, je me tasse, entre les lignes du texte qui pourtant me grandissent. Il y a celui du web qui bien sûr m’occupe et me remplit, et il y a, à l’autre bout du processus, celui que je m’acharne à faire sortir de moi.

Écriture libre

Bref, tout ça pour dire qu’avant d’entamer cette bien belle session de jours libres, je m’étais donné une mission : concrétiser ce recueil de courtes fictions qui avait pris forme en moi depuis plusieurs mois mais sur lequel je ne pouvais me focaliser à cause de l’emploi. C’est chose faite. Il m’a fallu deux semaines, à retravailler, compléter, agencer, ajuster consciencieusement le texte, pour enfin profiter de ce « premier jet complet communicable » comme je l’appelle. Un manuscrit en somme, pas définitif, mais suffisamment fixé pour que la lecture de tierces personnes se fasse sans heurt et permette d’en révéler les erreurs et les errements.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cette lecture par les tiers prendrait autant de temps. Cela fait deux semaines que j’ai envoyé ma production à 4 personnes de confiance… et je n’ai eu pour le moment que de maigres retours. Forcément, ils mènent leur vie, ils ont d’autres choses à faire, mais tout de même, c’est le premier aboutissement d’un effort de plus de 7 ans… alors j’ai hâte, non d’en finir, mais que ça avance, que ça progresse. Qu’à cela ne tienne, pendant qu’eux s’occupent parfois des mots, j’en profite pour me les sortir du crâne et pour m’occuper de leur publication.

Édition libre

J’avais déjà défriché le sujet il y a 3 à 4 ans, tandis qu’entre autres activités je concevais ce site, mais c’était trop tôt : sans manuscrit, impossible de mettre en pratique. Depuis deux semaines, c’est différent. Ça n’a jamais été aussi concret… et aussi foutraque, encore que je commence à mettre de l’ordre dans tout ça (ce sera le sujet d’un prochain article). J’étais prévenu pourtant : l’écriture, même si elle semble régulièrement insurmontable (je lutte d’ailleurs franchement pour rédiger cet article) n’est qu’une étape. Vient ensuite le moment d’en diffuser le résultat, de faire connaître, de (réussir à) vendre pour ceux qui vendent, ou à tout le moins de chercher un éditeur pour ceux qui veulent en passer par eux. Remettons les choses au point : ce n’est pas mon cas. Mais si j’envisageais une autoédition déjà devenue traditionnelle à l’époque, sur ce point en revanche, les choses ont évolué.

En fait, j’ai toujours trouvé qu’il y avait beaucoup d’hypocrisie à se dire auteur indépendant, et même autoédité (terme qui m’évoque l’autonomie), quand la plupart de ceux qui acceptent ou subissent cette étiquette servent Amazon et consorts. En plus, c’est une manière de se définir en regard d’une tradition et qui ainsi la perpétue. Je ne renie ni l’histoire ni les raisons d’être de cette tradition, et je comprends bien qu’il reste quelques maisons indépendantes, qui se définissent en vis-à-vis des monstres industriels qui saturent l’espace. Mais c’est précisément de leur aval aussi, en plus de leurs conditions, dont je veux me passer. Ça ne veut pas dire que je veux m’isoler, ce serait d’ailleurs absurde pour un auteur : j’aspire à être lu. Ça veut dire que je veux faire autrement, que je veux parvenir à cette rencontre avec le lecteur sans alimenter un système devenu parfaitement caricatural, et sans faire de ce si précieux lecteur un client, ce qui d’ailleurs ferait de moi un marchand ! Idée qui, une fois rédigée, m’apparaît effectivement complètement saugrenue. Ce que ça veut dire aussi, c’est que je veux pouvoir accepter ou refuser ces partenariats à partir d’une liberté irrévocable que j’aurai réussi à nous octroyer.

Monde libre

À l’époque où je choisissais cette autoédition par opposition, par dégoût, par rébellion, j’avais déjà un pied dans la marmite du partage, mais je n’avais pas fait le lien. Désormais, le contenu de cette marmite m’anime, je dirais même, si j’osais, qu’il me compose corps et âme. En d’autres termes, j’utilisais des outils libres et savais bien pourquoi, mais n’étais pas réellement conscient des tenants et des aboutissants, des difficultés, des obstacles et des enjeux. Aujourd’hui, tout ça est ancré en moi, solidement je l’espère, car en face, ledit système n’en finit plus d’agoniser, de persévérer et de nous mener tous dans le mur. Au fil de mes recherches, je me suis donc armé de convictions. Aujourd’hui, c’est clair, je veux publier et diffuser « sous licence libre », je veux participer des Creative Commons1↓ et cheminer ce sillon initié par Larry Lessig2↓ et Aaron Swartz3↓ , et avant eux par d’autres géants tels que Richard Stallman4↓ , Tim Bernes-Lee5↓ , ou Linus Torvalds6↓ . Je veux faire comme eux, et comme tant d’autres et dans beaucoup d’autres domaines : je veux faire – activement – un monde meilleur. Non plus seulement le rêver, ou critiquer celui qu’on nous impose, mais agir, avec cette matière première que je me suis forgée, patiemment, laborieusement, et qui devra donc, en plus de divertir, de faire tressaillir, me permettre de concrétiser mes aspirations philosophiques et politiques.

C’est aux côtés de ces prédécesseurs défricheurs francophones dont j’ai connaissance et que sont Greg, le duo C’est donc vrai, Pouhiou ou M. Kervran, que je souhaite m’affairer, pour ne pas dire militer, en répercutant cet élan de liberté, en participant des communs, du bien commun, que Michel Bauwens7↓ notamment, s’acharne à expliquer et moi à comprendre. Ce sur quoi je reviendrai plus tard, cet article étant, au regard des mœurs du web, déjà beaucoup trop long.

En attendant, je vous invite à vous inscrire par ici si vous voulez être prévenu à coup sûr de la parution du livre (sachant que je vise septembre, mais que ce sera probablement un peu plus tard…) et je vous rappelle qu’on peut se retrouver quotidiennement sur Diaspora-Framashpère, où il fait bon communiquer et échanger ! À très vite, je l’espère.

05 août 2017

1 Creative Commons : http://creativecommons.fr/ et https://creativecommons.org/about/

Creative Commons est une organisation à but non lucratif qui a pour dessein de faciliter la diffusion et le partage des œuvres tout en accompagnant les nouvelles pratiques de création à l’ère numérique.

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2 Larry Lessig : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lawrence_Lessig

Lawrence Lessig, né le 3 juin 1961 à Rapid City (Dakota du Sud), est un juriste américain de notoriété internationale. En 2010, il est professeur de droit au Harvard Law School (Université Harvard, Massachusetts) où il a fondé le Center for Internet and Society.

Spécialiste de droit constitutionnel et de droit de la propriété intellectuelle, il est un défenseur réputé de la liberté sur Internet et s’oppose à une interprétation extensive du droit d’auteur qui porte atteinte au potentiel de création et aux échanges en ligne. Il est l’une des voix les plus écoutées dans les débats sur les limites du droit d’auteur et sur le développement mondial de l’Internet. Il est fondateur et président du conseil d’administration de l’organisation Creative Commons.

Pour aller plus loin : ce documentaire produit par Arte, diffusé par sa réalisatrice Flore Vasseur sur Vimeo : Larry Lessig, La rébellion du professeur de Harvard

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3 Aaron Swartz : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aaron_Swartz

Aaron Hillel Swartz (né le 8 novembre 1986 à Chicago, mort le 11 janvier 2013 à New York) était un informaticien, écrivain, meneur politique et hacktiviste américain.

Fervent partisan de la liberté numérique, il consacra sa vie à la défense de la « culture libre », convaincu que l’accès à la connaissance étant un moyen d’émancipation et de justice.

Aaron Swartz a eu un rôle décisif dans l’essor de l’Internet, tant sur le plan technique notamment en développant le format de flux RSS, l’organisation Creative Commons que sur le plan de la gouvernance juridique et politique en manifestant contre le projet de la loi SOPA (Stop Online Piracy Act).

Écrivain prolifique sous différentes formes (blogs, pamphlets politiques, textes de conférences), l’ouvrage Celui qui pourrait changer le monde (parution en français en 2017) rassemble ses principaux textes qui reflètent son engagement intellectuel sur des enjeux sociétaux dont le droit d’auteur, la liberté d’accès des connaissances et des savoirs dont les publications scientifiques ou la transparence en politique.

Pour aller plus loin, je recommande chaudement ce documentaire sur son parcours : The Internet’s own boy

Ce film raconte l’histoire de Aaron Swartz, programmeur de génie et activiste de l’information. Depuis l’aide qu’il a apporté au développement de RSS, l’un des protocoles à la base d’Internet, à la co-fondation de Reddit, son empreinte est partout sur Internet.

Mais c’est le travail révolutionnaire de Swartz autour des questions de justice sociale et d’organisation politique, combiné à son approche sans concession de l’accès à l’information pour tous, qui l’a pris au piège dans un cauchemar légal de deux années. Cette bataille s’est terminée par son suicide à 26 ans.

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4 Richard Stallman : https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Stallman

Initiateur du mouvement du logiciel libre, il lance, en 1983, le projet GNU et la licence publique générale GNU connue aussi sous l’acronyme GPL.

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5 Tim Berners-Lee : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tim_Berners-Lee#L.27invention_du_World_Wide_Web

C’est en mai 1990 qu’il adopte l’expression de World Wide Web pour nommer son projet. Il est rejoint par l’ingénieur belge Robert Cailliau (son premier collaborateur) et par quelques autres membres du CERN. Ensemble, ils améliorent la proposition de départ et la matérialisent. À partir de 1990, ils développent les trois principales technologies du Web : les adresses web (URL), l’Hypertext Transfer Protocol (HTTP) et l’Hypertext Markup Language (HTML).

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6 Linus Torvalds : https://fr.wikipedia.org/wiki/Linus_Torvalds

Il est connu pour avoir créé en 1991 (à 22 ans) le noyau Linux dont il continue de diriger le développement. Il en est considéré comme le « dictateur bienveillant ». […] Ce noyau est celui du système d’exploitation GNU/Linux, sous licence GPL.

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7 Michel Bauwens : https://p2pfoundation.net/

Pour s’initier en douceur, vous pouvez écouter le sieur expliquer très clairement les choses en français dans cet entretien d’une dizaine de minutes : http://blogfr.p2pfoundation.net/index.php/2017/07/15/leconomie-collaborative-sortir-classes-ouvriere-moyenne-marasme-linterview-de-michel-bauwens/, ou jeter un œil à cette introduction en anglais : https://vimeo.com/31495896

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Parce que c’est meilleur que n’importe quoi d’autre

000028 [Soleil sur plage, en noir et blanc]

Crédit photo : 000028 [Soleil sur plage, en noir et blanc], par Elsie Lin, sous C.C. BY-SA 2.0

Écrire sur la musique, ça je veux. Quand j’essaye, c’est pas facile, mais je veux.

Écrire pour écrire, pourquoi pas. Écrire pour dire, bien sûr. Écrire pour sentir, transmettre et vibrer à partir de la création de quelqu’un d’autre, le voilà, le bonheur. Souvent, c’est le déclencheur.

J’écris pour ça, en fait. Pour m’en mettre plein l’esprit, de ces autres, de leurs créations et du monde. J’aime les dire. J’aime essayer de les comprendre. Les décortiquer, les intégrer, jouir avec eux, le faire avec des mots, avec mon outil de prédilection, que j’use et que j’use depuis des années et qui pourtant s’affûte.

Cette musique qui m’éclate l’oreille en parallèle, elle est partagée sur le web sous Creative Commons, avec certaines restrictions, mais surtout donc, avec la possibilité de l’écouter librement, avec celle aussi de la partager à son tour. Et à vrai dire, j’écris dans ce sens-là aussi, dans le sens du web, de l’écriture libre, autonome, indépendante, assumée en tant que telle.

Écrire pour partager, simplement, sûrement, chaque jour, pour donner à lire, à voir, à entendre peut-être, pour activer nos sens et pour que ça bouge. En moi, en vous, partout. Pour que ça bouge devant l’écran, pour être actif devant lui, pour ne pas végéter, parce que ces concepts apprivoisés en lettres assemblées, ils me font carrément triper : pas seulement voyager, mais planer, rêver, halluciner.

Et je m’emporte avec les sons, les sons à l’ancienne, l’électronique bouleversée et bouleversante quand elle-même crie et s’écrie, et j’imagine le gars devant son ordinateur ou son clavier – pas le même que le mien – créer et pendre un plaisir infini à le faire, à voir évoluer ce qu’il façonne et à se satisfaire un jour du résultat dans une euphorie qui n’a d’équivalent que la fatigue qui l’accompagne, passer ensuite à la piste suivante, comme je passe au paragraphe suivant, à l’extrait au sujet au texte suivant.

Car de longs récits, pour le moment, je n’en écris pas. Je n’y arrive pas. Je vagabonde, je picore, je pioche, je butine, je me divertis. Ces expressions, elles sont cela, un divertissement permanent, une raison d’être parce qu’alors la vie fait plaisir et fait du bien. Avec tout ça et avec un peu de chance, je dessine les pièces d’un puzzle que quelqu’un d’autre s’amusera peut-être à assembler. Peut-être ou pas du tout. En attendant, c’est un portrait décomposé, abstrait, pourquoi pas absurde. Un portrait changeant comme le monde et comme moi. C’est difficile à suivre et tant mieux. Ça ne s’adapte pas au moule de l’édition, et encore difficilement à celui d’un site web. Ce n’est pas une marchandise. C’est une somme dont l’équation se module au gré de mes apprentissages et de mes oublis, au gré des émotions qui nous accompagnent, qu’on quête ou qu’on subit. C’est la vie. Tout ça, c’est la vie. Mon écriture, c’est ma vie.

Peut-être qu’à un endroit du parcours, chaque texte-pièce trouvera sa place, au moins vis-à-vis des autres textes-pièces, car probablement tout ceci restera lettre morte dans l’ensemble de ce monde gavé et explosé. Ce monde rempli de nous, d’humains qui survivent et d’humains qui créent. On est tellement à créer, putain, cette époque est exceptionnelle. Avec de la curiosité, on peut chaque jour découvrir une œuvre fantastique ou un auteur génial, qui nous touche comme on ne se rappelle pas l’avoir été.

Je veux participer à ça, de ça.

Peu importe finalement qu’on associe mon nom à ce que je produis, tant que je fais partie de cette surenchère, de ce moment du parcours humain encore plus fascinant qu’effrayant. Je sais qu’on est le pire et le meilleur, seuls et tous ensemble et à ce point qu’on pressent être de non-retour.
Qu’on crève tous bientôt, si cela arrive, je n’y peux foutrement rien. Qu’on vive dès à présent ensemble ou seuls et davantage, à ça je peux quelque chose. Je peux tendre la main, jeter un œil, je peux être curieux, je peux m’emplir et je peux tenter d’extraire quelque chose d’unique et de personnel de ce tout ça qu’est trop pour moi.

Alors quand il m’arrive de parler de cette activité, on me dit : « ah mais t’es écrivain (?) », « t’écris des livres ? », « t’écris quoi ? »… et je n’ai jamais de réponse préfabriquée ou satisfaisante pour l’interlocuteur. Aujourd’hui, j’en formule une nouvelle, une autre. Mais au fond on sait tous pourquoi, pourquoi on écrit, pourquoi on crée-re-crée : on fait ce qu’on fait et qu’on n’est pas obligé de faire parce qu’on aime le faire, parce que ça nous fait du bien.

J’écris pour faire partie du monde, du genre humain, d’aujourd’hui, pour transcender mes prédécesseurs et mes contemporains, et parce que ça me fait vraiment, vraiment, vraiment beaucoup de bien.

Ça se voit, non ?
Merci Luke SilasKnife City. Merci à ceux d’ici, à ceux qui lisent qui produisent qui participent au sens large, merci à tous.

Les contradictions d’aujourd’hui ne m’effrayent plus

And in that moment I swear we were infinite, par Martinak15

Crédit photo : 329/365 « And in that moment I swear we were infinite. », par Martinak15

Huitième éditorial (juillet 2015)

Bon, tout n’est pas parfait, loin s’en faut, mais ce soir, j’ai l’impression de faire et d’avoir fait de mon mieux. Mon flux de travail n’est pas encore idéalement opérationnel, mais j’ai choisi mes activités de la saison prochaine et les choses se mettent laborieusement mais surement en place.
L’écriture en projet central toujours, et les ateliers d’écriture pour les enfants, le podcast entre amis sur le cinéma et la photographie en projets connexes.
Tout ça participera d’une manière où d’une autre à ma présence web, à mon éventuel succès en tant qu’auteur, en tant que créatif et si possible en tant que créateur au sens large.

Je suis sur mon lit, le Spectre sur les jambes en tailleur, dit-on, et seul un câble raccorde l’ordinateur, à l’ampli, qui répand une musique variée par l’intermédiaire des enceintes. Le clavier est illuminé, l’écran moins, puisque j’écris sur Focus Writer, dans une police jaune sur fond noir : c’est devenu mon installation type, c’est devenu la façon dont j’aime écrire.
La fenêtre est ouverte, et peu après cette oppressante canicule, elle laisse entrer un air frais dans ma chambre.

Je n’ai pas grand-chose à dire, puisque je n’ai pas vécu de grandes choses, mais j’ai tout à vivre encore, tout à voir et à essayer et ces temps-ci, j’en ai envie, tout simplement.

C’est peut-être l’élan du podcast qui camoufle l’angoisse de l’écriture repoussée. C’est peut-être le plaisir photographique immédiat qui contrebalance la lente maturation du projet pour la rentrée d’ateliers dans les écoles. C’est peut-être, à d’autres échelles, le mouvement possible autour de ce qui se passe en Grèce, et celui qui n’a rien à voir mais qu’entame Gamekult en proposant un web payant mais déchargé de publicité et si possible meilleur. Quoi qu’il en soit, et parce que je m’active, forcément, j’ai la foi.

Alors rien ou presque n’est fait. Il n’y a que quelques photos et pas exceptionnelles sur mon Flickr, mais je sais que d’autres viendront ; je ne sais toujours pas partager de façon systématique sur Twitter et voilà que je m’engage sur Google+, mais l’un et l’autre commencent à me plaire ; je ne participe toujours pas aux conversations sur les sites que je consulte ou au sein des communautés que je frôle silencieusement, mais je lis quelques bons échanges, que ce soit sur Numérama ou ailleurs, autour du logiciel libre aussi parfois…

Plus les jours passent, plus je constate que la curiosité paye. Il est salvateur de creuser au-delà de la surface, de trouver les sillons d’expressions derrière les croûtes mercantiles, de chercher ceux et celles qui s’affairent au-delà du business : il y a du bon sur Anime-Kun.net ou sur MiniMachines.net, de l’excellent parfois sur Slate.fr, souvent chez Merlant-frit, sur Vimeo ou sur Arte(.fr), et le meilleur côtoie le publireportage même pas déclaré sur Konbini comme sur Youtube. Par(tout) ailleurs, il y a des choses parfaitement banales et inutiles, et peu importe cette dernière réalité.

La vie est riche de personnes et de personnalités qui, comme j’essaye de le faire de mon côté, s’expriment sur les internets encore divers mais plus ou moins bruyants, médiatisés ou pas du tout. Il ne faut pas abandonner. Je ne veux pas abandonner.
Je sais que je me frotterai bientôt à Wattpad, et que ça va piquer un peu, beaucoup peut-être, mais que ce sera un nouvel accès vers quelques expressions fortes, comme l’est Tumblr, comme l’a été Medium.
Je ne dois simplement pas oublier d’y trouver mon compte, pour accéder peu à peu, comme sur SensCritique, à de très bonnes productions, parfaitement amateures pourtant. Salut Mymp 😉 Si bien que de m’être fait insulter récemment pour avoir donné mon avis reste secondaire.

Alors voilà, outre la surveillance généralisée, de Microsoft, de Valve, de Google, de la NSA, du gouvernement français, qui décidément, s’intéressent énormément à nous ! Outre les menaces que sont les Poutine, les Le Pen et ceux de leur genre, outre les armes chimiques testées et sur des humains en Corée du Nord et certainement en bien d’autres endroits, outre cette putain de pression consumériste, outre ce merdier fumant de milliards d’êtres humains perdus sur un caillou finalement hyper vulnérable, outre le grand-écart de plus en plus douloureux entre les richissimes et les miséreux avec mes couilles au milieu, outre tout ça ! Il y a des esprits qui essayent, fabriquent, pensent, croisent, s’entendent, se confrontent, créent, et certains s’expriment dans des narrations géniales, visuelles souvent et parfois somptueuses, à la télévision, au cinéma, en interactivités diverses et encore simplement avec des mots. La musique, dont on dit le milieu appauvri, ne cesse de m’exciter les cages à miel, de m’insuffler son énergie et n’en finit pas d’intéresser les gros bonnets.

Je ne paye pas pour tout ce que je consomme, c’est un fait et une certitude, mais je participe du mouvement, et c’est, je le crois, l’essentiel et le plus important.

D’autres feront les comptes. Nos successeurs diront si nous avons tout cassé ou si nous avons atteint des sommets de richesses bien souvent camouflées.

J’imagine les 10 milliards de gamins qui dans quelque temps devront s’inoculer les cultures et l’histoire des 7 milliards que nous aurons été, ce sera certainement une incroyable orgie, comme aujourd’hui. Incontrôlable au fond, quoi qu’ils fassent, et bien policée en surface, comme aujourd’hui. Impersonnelle et égocentrique à la fois, malheureusement, gorgée de «moi je…» et en même temps hyper connectée et du coup hyper informée, presque omnisciente de balivernes et de monstrations avariées, hyper angoissée aussi de ne toujours pas savoir ce qu’on fait là après avoir appris pourtant quasiment tout le reste putain ! Une orgie d’individus forcément très incompétents puisque parfaitement dépendants des milliards d’autres qui s’activent et parfois en communautés ou en sociétés, de droit ou moins. Un amalgame de croyances dans la fourmilière de sens, d’émotions, d’interactions et de frictions, empêtrée encore entre passéismes et libéralismes, entre les codes de conduite et tout le reste et qu’est la vie.

Tout ça fait carrément flipper, aujourd’hui fait flipper. Vivre, fait flipper, mais en se focalisant sur ce qu’il y a de bon et qu’on ne trouve qu’en s’acharnant de curiosité, vivre fait aussi plaisir vraiment, vivre distrait, vivre impatiente et emballe, même en solitude, de plus en plus concrète et de moins en moins possible en même temps.
L’autre, fait flipper. Toi, tu fais carrément flipper, quand tu es belle à en crever, à en déraper, ou quand je mets à ta disposition le fruit de mes petites entrailles, et quand bien même tu t’en fous. Ton jugement, notamment hâtif, fait peur au moment où, du fait de cette densité des uns sur les autres, il nous faut savoir reculer, prendre notre temps, nous reposer, nous concentrer, nous focaliser, patienter, méditer même. Toi lecteur, acteur, partenaire bien malgré moi, tu peux faire peur, et aussi tu peux devenir ce potentiel infini que tu es nécessairement. Je t’encourage du coup à ne pas être fainéant, à t’armer du doute et de la curiosité, jamais aussi nécessaires qu’en cette époque démarrée où l’information et la technologie nous ont dépassés pour peut-être ne plus jamais nous relâcher. Et dans ce contexte insoutenable, je nous encourage pourtant à mettre un pied devant l’autre, à faire un pas puis un autre, parfois côte-à-côte. Je sais que ce petit bout de chemin en aura valu la peine. Car au bout de celui-ci, et pour peu qu’on veuille encore ouvrir les yeux, on pourra apercevoir le commencement de milliers d’autres et pour un seul moi. Cette vie est opportunités. Cette vie est un inconcevable tumulte de potentiel et d’opportunités.

Et cet écrit était le journal éphémère du soir, l’édito aussi de ce mois de juillet de l’année 2015 déjà parcourue pour moitié. C’était un moment de sérénité et d’espoir, pourtant pas naïf. C’est enfin et parfois ça Terhemis, et ça ne fait que commencer.

Quelques (im)précisions sur (le) moi

ombre en sens inverse

Crédit photo : Almost Winter, par Jonathan Kos-Read, sous C.C. BY-ND 2.0

Moi est amateur de mots, dévoreur d’espace à phrases. Il recrache en lignes un désordre orchestré. Petit, il a vécu écartelé entre ordre et folie.

Moi n’a pas envie d’utiliser son nom, il préfère user son corps, générer son esprit. Moi fait du sport en coupure, sinon il broie du blanc, du gris, et un peu du noir.

Il sort moins qu’il bouge, il est animé d’un mouvement d’âme et son corps suit lassé grisé. Moi voudrait mieux savoir l’autre qu’il se sait.

Sans moi, il resterait cet autre, et lui, l’autre moi. Lui et moi, ils aiment l’autre souvent, le détestent rarement, ne le comprennent pas la plupart du temps.

Moi est arrogant et simple à la fois. Il juge l’autre neuf à moins de le connaître entièrement. Être entier, c’est compliqué, voyez tous ces moi éparpillés.

Moi les vomit ces accumulés. Tigres ou gémeaux, même combat, mêmes hauts le cœur se criant et suintant. D’un cœur débordant, précipité en pureté.

Saleté d’organe à spasmes brisé mille fois. Reconstitué en mille-feuilles à deux pattes et plus doux qu’aigre, moi n’a certes pas dit son dernier mot.

Il le cherche autant qu’il se cherche. C’est comme une bataille de matelas d’eau giflant l’oreille. C’est ça la vie des moi en société. Absurde, parce que moi ne voit après tout qu’à travers lui.

Moi sait exister entre sots et thés, sans s’y sentir bien à l’aise. Elle est dense comme dans la mégalopole qui rue. Moi grâce à sa mère n’y est pas. C’est que ces mots ne valent pas un kopeck.

Ça ne l’empêche pas de rêver. Pas tant de grandeur que de bonheur. C’est égal à toi plus moi.

Toi d’abord quand moi et toi, moite et céleste. Las-des-haines au plancher n’a pas fini de chambouler. À l’intérieur boules-versées.

Once de nous dans tout ça. Un tout ça triste et corrompu bardé de pub à sexe pour l’argent. Ça pique les yeux qui pleurent un peu trop souvent.

Ça put, le sexe. Seul ou à deux, moi en parle moins qu’il y pense ou le fait. Moi ne veut pas puer de la bouche. C’est gênant à plusieurs.

Moi peut tout faire et puis tout seul aujourd’hui, c’est ce qu’il se dit. Il veut tout faire, ça l’empêche de bien faire. Pas cette fois, ici sera bien et rien d’autre !

Demain, moi s’en ira mais laissera tout de lui. Parasite ou vainqueur, il aura au moins essayé. Essayer d’être lui avec l’autre, d’être moi en entier.

Trêve de moi, poète on a compris. Malgré tous ces je, il pense beaucoup à vous. Rester ou partir, à toi de choisir après tout.

Et pour en savoir plus, il y a les journaux

Écrire

cheminement

Crédit photo : USGS Walrus Research Team, par US Geological Survey, dans le Domaine public

Comment et pourquoi

Découvrir un potentiel

Je n’ai pris conscience de mon potentiel que tardivement et ne l’ai assumé qu’encore plus tard, quand j’ai compris, après m’être donné d’autres aspirations et avoir fait d’autres études, que relever ce défi de l’écriture serait ce qui m’apporterait le plus.

Le plus d’énergie notamment, de celle qu’on déploie pour réaliser n’importe quelle tâche et obtenir n’importe quel résultat. Or l’énergie que je mets dans mon écriture et ma production, je la préserve et l’amplifie, je la charge d’expérience, d’envie et de plaisir et non de lassitude, de frustration ou de regrets. Elle s’accumule en moi pour me permettre de nouvelles choses et m’ouvrir de nouvelles portes.

J’explore un peu plus le monde et l’être à chaque fois que je pose un pied devant l’autre, un mot après l’autre.

Produire, par moi-même, depuis moi vers l’autre, est devenu ma raison d’être. Si bien qu’une obligation morale s’est développée en moi, celle de ne tarir ni mes espoirs ni mon inspiration. Je dois devenir l’un de ces créateurs qui m’inspirent chaque jour.

Ce projet Terhemis est donc d’abord la quête sans cesse renouvelée d’un potentiel.

Je n’ai besoin pour me découvrir que de temps et d’envie . Les deux se ménagent. Je dois rester focalisé, mais savoir faire des pauses salvatrices. Je dois entretenir ma curiosité, pour cela bouger, m’évader, observer. Je dois rester en mouvement et pour cela tester, me tester.

Tester mes capacités

Prendre conscience d’un potentiel ne suffit pas, il n’est que l’ébauche d’un talent. Cette prise de conscience est tout de même la clé qui permet d’enclencher une activité et parfois le travail d’une vie.

J’expérimenterai, me pousserai dans mes retranchements, dépasserai mes difficultés, pour enfin trouver la voie littéraire.

Soit une écriture de recherche, qui peut prendre diverses formes : textuelle avant tout, mais aussi orale, dessinée, schématique, nodale, scénaristique, voire photographique ou filmique.

Cette recherche persistante me permet de tester mon intelligence, mon efficacité, mon endurance, mon originalité.

Pour cela, il me faut un peu plus que du temps. Il me faut la persévérance et les méthodes de travail qui me permettront de me remettre à la tâche, là où j’aurai été coupé dans mon élan ou quand j’aurai cédé.

Développer une compétence

Me trouver, m’essayer, me tester, m’exercer, voilà qui devrait m’amener à développer une compétence. Cette compétence est plurielle et je la synthétise dans la notion de narration. Elle combine des idées, un rythme, une esthétique, un message, une recherche et probablement d’autres facteurs de réussite qui restent à étudier et définir.

Trois pistes au moins pour me former : optimiser mes conditions de travail en m’armant d’outils et continuer de chercher les bons et de les prendre en main, travailler par ailleurs l’une après l’autre chacune des facettes (les catégories de Réalités & Fictions) de cette compétence narrative, et surtout, apprendre d’autrui, c’est-à-dire exploiter toutes les ressources et toute la culture auxquelles nous avons accès.

Et si la fac ou les ateliers peuvent aider, je crois davantage en l’expérience qu’apporte sur le tard la réalisation de petits projets. J’ai enfin intégré qu’il valait mieux les préparer avec modération et les réaliser avec détermination, que l’inverse. Toutes ces activités sont quoi qu’il en soit l’occasion d’échanger, et c’est là le plus important, pour tout un chacun, mais surtout pour le narrateur dont la fonction se résume probablement à ceci : recevoir pour transmettre. Alors ne pas arrêter, d’échanger, de discuter, de bavarder, de raconter, de décrire… le faire intensément, le faire constamment.

Être quelque chose

Si je travaille à me donner une forme, c’est à l’autre de la confirmer, que ce soit en l’acceptant ou en la niant, en la soutenant ou même en l’ignorant volontairement. Chacune de ces postures qu’on peut prendre dans le rapport à l’autre donneront à mes mots ce qui leur manque : une existence commune qui les sortira du noir matériel pour les entrer dans la lumière d’une intelligence devenue collective.

Il y a là un combat contre l’indifférence autant qu’une quête de reconnaissance. Je veux capter des raisons d’être dans la lumière qui pénètre le regard des autres.

Exister ne va pas sans lui. Il me faut désormais apparaître, montrer, faire lire – c’est en cela que j’associe l’idée de vitrine à ce site – et c’est donc vous qui donnerez un nouveau contour à ce corps que je me forge dans l’activité littéraire.

Il me faut aussi donner envie de regarder puis de revenir. Je dois pour cela dire davantage et plus clairement, faire réagir à défaut d’agir, accompagner du regard sans trop juger, faire réfléchir sans prendre la tête, permettre l’évasion sans l’oubli, et surtout je le crois, ne rien demander en retour.

Je veux tant, mais me contenterai de proposer et me satisferai d’être lu.

Car après m’être trouvé, et si j’existe et m’améliore, que pourrais-je vraiment vouloir de plus ? Influencer, rester ? Ce sont des idées qui me traversent, du haut de mon ego d’humain, mais que je ne sais justifier. Me focaliser là-dessus serait présomptueux et précipité, puis ce n’est pas à moi d’en décider.

Temporalité et rythme

Slow Motion par Eric Wustenhagen

Crédit photo : Slow Motion, par Eric Wustenhagen, sous C.C. BY-SA 2.0

Tout d’abord, sachez que je compte produire sur la durée. Je sais que c’est avec l’expérience et l’expérimentation qu’on s’améliore et qu’on progresse, alors non seulement je vais essayer et chaque jour, mais je vais le faire aussi longtemps que possible. Tant que ma détermination et mon envie me le permettent, c’est-à-dire que j’envisage pour le moment mon action sur quelques décennies… suffisamment pour aboutir enfin.

Je veux réfléchir, inventer et écrire le plus longtemps possible, et m’améliorer tout du long. C’est au moins une destination temporelle. Il s’agit aussi d’insuffler un peu de sérénité dans le chaos et l’incertitude de la création : me voir mûri et même vieilli, mais toujours attelé à produire du sens et du plaisir, ça me rassure et même ça me plait.

Passer sa vie à chercher, à comprendre, à formuler… vous aurez compris que mon ambition n’est pas mercantile

Cela étant, ça vient quand ça vient. J’ai beau réfléchir des plannings et envisager des dates butoir, je ne sais pas (et au fond ne veux pas) contraindre ma productivité. Ce qui ne m’empêche pas de me donner les moyens et des raisons de la provoquer : du temps libre donc, et ce site. Mais ce qui est vrai pour la production l’est encore plus pour la divulgation. Produire, ça me plait, même si c’est éreintant, publier en revanche… M’y contraindre au moins une fois par semaine semble être un minimum accessible et viable… notamment en regard de tout ce que je réussis à extraire de moi…

D’ailleurs, je veux pouvoir écrire de tout et sur tout, et si j’arrivais peut-être à écrire sans plaisir, vous n’arriveriez pas alors à me lire, j’écouterai donc mes envies.

C’est que je suis soumis à une balance naturelle : elle me fatigue après un élan de création, elle m’euphorise après un temps mort, elle me pousse à écrire quand ça va mal et me rappelle à la réalité quand je crois que-tout-va-bien-et-que-le-monde-est-beau parce que je suis heureux. Voilà ma vérité d’auteur, je dois bouffer et ensuite déféquer, je dois passer le tiers de ma vie à dormir, si possible au chaud et bien, pour avoir ensuite la force de faire ou refaire le monde dans ma tête ou sur le papier. Je ferai avec ces états d’âme et de corps, avec ma fougue, avec mes haines, porté par ma solitude ou emporté par l’autre, j’aurai tantôt les pieds sur le béton citadin, tantôt les poumons pleins de rêve. Je ferai, en tout cas et en toute circonstance, sincèrement.

Considérations financières

Malta Euros par Martin Fisch

Crédit photo : Malta euros, par Martin Fisch, sous C.C. BY-SA 2.0

Je voudrais être complètement libre de me dédier à ce qui m’intéresse et m’inspire, mais l’autonomie financière ne s’obtient pas dans un claquement de doigt. Je vis pour le moment d’autre chose que des revenus (inexistants d’ailleurs) liés à mes écrits et j’ai conscience que ça pourrait durer longtemps, peut-être même jusqu’au bout. J’ai et préserverai donc ce petit boulot à temps partiel qui me permet de me procurer le strict minimum. Grâce à lui, je peux écrire librement parce que ma survie ne dépend pas de mon succès.

Cela étant dit, d’autres facteurs viennent influencer la façon dont j’envisage d’être récompensé pour ma production.

Notamment, je hais la publicité, c’est devenu viscéral. Elle déclenche en moi un rejet systématique et catégorique et je veux absolument échapper à ce système qui attrape partout le regard. Il n’y aura jamais de publicité sur terhemis.fr. [reniement n°12548 du 01 novembre 2015] J’espère me faire entendre sans crier ni m’imposer, en proposant simplement. Pour ce faire, je miserai logiquement sur le bouche à oreilles que ces places des échos modernes permettent et renforcent, sur ma ténacité, sur la qualité et essaierai de faire connaître ma production en y ajoutant de la valeur (en l’agrémentant par exemple de son et d’image).

Par ailleurs, et comme je l’exprime quand je trace les contours de mon statut, quand je me dis « écrivain web », je m’envisage dans une continuité de création qui se nourrit sans cesse en amont et en aval.
On prend tellement, on pourrait dédier chaque minute de notre vie à la production des autres, à la fiction, à la création musicale, filmique, littéraire, scénique ou plastique, et quand on veut donner, on ne fait que digérer et recréer, qu’adapter, avec plus ou moins de réussite, de modernité et de personnalité. À mes yeux, il y a la large communauté des re-créateurs et ce monde dans lequel elle s’incorpore de plus en plus et qui en profite, quelle que soit la manière dont il se sert, et c’est très bien comme ça.

Avec cette vision, impossible d’imposer un prix. J’ai tant reçu, j’ai tellement vibré sur la voix des créateurs, que je veux donner, que je me dois de donner, et si l’autre apprécie, aime ou même se passionne pour ce que je fais, libre à lui alors de me récompenser, en s’exprimant à son tour, en partageant, ou en s’impliquant, financièrement s’il sait que cela m’aidera, qu’il y est disposé, et à sa mesure, qui sera forcément la bonne.

Je reste donc naïf sur ce plan de l’argent, et je veux m’insérer dans ce – bon, m’est avis – mouvement de fond de notre société. Il demande à révoquer ce sale contrat de la consommation qui a cours aujourd’hui et qui se permet de frustrer, tellement et si sûrement et par tous les moyens possibles, pour imposer presque de consommer ensuite et toujours plus. Une industrie grasse, soutenue par des idéaux économico-politiques qui tentent de culpabiliser en parallèle. Si j’accepte et comprends le principe de rentabilité, je ne cautionne pas celui de profitabilité et encore moins ces envies et ces besoins déplacés de profitabilité outrancière. Si je ne manque de rien, c’est aussi parce que je me contente de relativement peu. J’aspire à un équilibre et à une mesure qui dépassent ce plan de la création.

Je suis persuadé que ça pourrait ne plus fonctionner ainsi maintenant qu’on a tous la possibilité de produire et de se présenter. Libre à chacun ensuite d’agir ou de réagir comme il l’entend dans ce contexte. En ce qui me concerne, je voudrais pouvoir récompenser simplement de quelques deniers ceux qui sont à l’origine de ce qui me touche, qu’ils me le permettent sans rien m’imposer, et c’est cette liberté que je compte offrir de mon côté. Tout ça ne veut donc en aucun cas dire que je renie le droit d’auteur : je n’accepterai pas que quelqu’un fasse de l’argent sur mon dos sans m’accorder ma part et continuerai donc de me baser sur ce droit, pour pouvoir le faire valoir si j’en ressens le besoin.

Comme enfin j’intègre complètement le marché du livre, la grande édition et la grande librairie dans ce bain commercial et agressif, je compte me passer d’éditeur à moins qu’il ait une philosophie en adéquation, ou au moins compatible, avec la mienne… De prime abord, on pourrait se dire que c’est foutu, mais je sais que des passerelles et des actions existent et pourraient profiter à tout le monde : créateur, intermédiaire et receveur. D’autant que mon paradigme est celui de l’immatériel, et qu’il n’y a pas de raison pour que ces intermédiaires ne restent pas indispensables sur le plan matériel.

Quand je proposerai à l’achat certains de mes écrits, je le ferai donc le plus possible par moi-même, ici ou sur des places dédiées, et sans cesser d’en diffuser la version alternative et gratuite en ces pages. [mais maintenant que ce projet de livre-web a échoué, ce dernier point risque de poser problème : reniement en devenir…] J’aimerais ainsi et sincèrement réussir à mêler accessibilité, indépendance et viabilité. Je m’acharnerai quoi qu’il en soit sur mes feuilles numériques et tenterai simplement de donner le meilleur de moi-même.

Processus d’écriture

Tarantula Nebula par NASA Goddard Space Flight Center

Crédit photo : Tarantula Nebula, par NASA Goddard Space Flight Center, sous C.C. BY 2.0

J’ai fait des réalités et des fictions les deux axes majeurs de ma production parce qu’ils sont complémentaires et explicites, mais le processus qui m’anime d’un bout à l’autre de l’écriture est légèrement plus riche et complexe que cela. Plongeons-donc dans cette myriade d’intentions et de réactions qui régissent par ailleurs les rubriques de ce site.

Première étape : l’attention sensorielle

Le rapport au monde passe d’abord par les sens : on regarde, on entend, on touche, on goûte, on sent. C’est dans cette sphère du sensitif et de la sensation que mon écriture débute. Elle se réfère à ce qui existe autour de moi et avant moi, et que je perçois à l’occasion d’une observation plus ou moins attentive, mais toujours volontaire.

Avec les sens, je peux approcher n’importe lequel des constituants du monde : l’autre, la chose, l’espace, l’événement, ce qui est ou ce qui se forme… Cet ensemble de choses hors de moi aiguise ma curiosité. Je la travaille le plus souvent par effleurement, mais rien ne m’empêche de rentrer dans le détail.

Cette période d’observation est celle de l’acquisition. Elle précède celle de la structuration.

Deuxième étape : la représentation mentale

Si le monde est à ma portée, je suis à la sienne et son impact sur moi n’est pas neutre. Je pourrais chercher à neutraliser cet impact, mais cela m’effacerait. Je préfère donc tenter de l’intégrer et de le dépasser. J’y parviens en structurant ma personne et mon rapport à l’autre et aux choses par le biais d’une écriture plus réflexive que sensitive.

Étant moi-même une partie du monde, je me précède aussi : il me faut l’assimiler et me penser pour atteindre une conscience plus ample, c’est-à-dire prendre du recul sur l’univers qui m’intègre pour l’élaborer, et établir ainsi les bases à partir desquelles continuer d’avancer. Je mène cette perception de ma personne à l’aide de journaux qui jalonnent mon parcours et décrivent et analysent mes états. J’en déduis les raisons d’être par moi-même et parmi les autres, et cela me donne la possibilité de communiquer dans de bonnes conditions.

Dans l’échange se perpétue le mouvement m’emmenant vers l’autre et me ramenant à moi, et ce mouvement redessine constamment ma conception des choses. Elles deviennent peu à peu une masse fluctuante et insaisissable aux interconnexions innombrables. Pour y faire face, je ne cherche pas la réponse dans les mathématiques, les sciences dures ou la religion, mais me donne au langage. Je m’emploie, comme ici, à discerner et à définir à l’aide des mots : je reformule en principes humains et souvent trop étroits cet univers un peu trop généreux.

Cet ensemble qui se complexifie avec les secondes qui passent, je l’attrape, le fige puis le manœuvre mentalement. Je peux là, en dehors du temps, rendre au monde son impact sur moi par l’idée que je me fais de lui. Je me réfléchis en lui pour le courber, comme pour l’adapter à mes limites, à mes besoins, à mes envies, à mes aspirations aussi. Ces ré-flexions sont comme un exercice physique, elles entretiennent mon esprit.

Troisième étape : la construction chimérique

Une fois que j’ai trouvé une place en moi pour le monde, je deviens libre de créer à mon tour. Sans limites, il grandit en mon sein et m’affranchit des miennes. Je peux dès lors produire de nouveaux infinis, les nouvelles réalités d’un songe incommensurable, qu’on appelle plus communément des fictions.

Ça commence petitement par des idées qui me traversent. Je dois rester à l’écoute, les annoter dans le flux du quotidien puis en extraire un peu plus que ce qui se disait dans ma tête ou se passait dans mon rêve. Je les exploiterai ultérieurement, au bon endroit et au bon moment.

J’accepte à l’occasion un détour dans les représentations graphiques, éventuellement crayonnées, plus sûrement photographiques ou filmiques. Les lettres sont le tracé qui me correspond, je me les suis donc appropriées avec le temps, mais parfois je déraille, et c’est bien en tant que débordements que je considérerai mes soubresauts graphiques. Ils sont une pérégrination alternative, que j’ai choisi de faire secondaire au privilège des phrases à images, de ces phrases qui elles aussi font de l’image.

Avec elles, je finis de construire mon imaginaire et de le révéler. À travers elles je manipule l’abstrait, le fantastique, le lyrisme et peux redéployer tout ce que j’ai compris à chaque étape préalable. Ces péripéties, renouvelées, accentuées, enjolivées ou noircies, romancées, en un mot narrées, je les pare de mes traits et les parfume de mon essence. Elles deviennent des fantasmes qui me surpassent pour mûrir en l’autre. Et comme ces fantasmes se nourrissent des détails du quotidien, de toutes les impressions et de tous les savoirs engendrés par le réel, j’y reste cramponné et c’est ainsi que se perpétue ce cheminement vertueux.

Joindre le mouvement

Plaisir partage par Flo DCL

Crédit photo : Plaisir partagé, par Flo Dcl, sous C.C. BY 2.0

Septième éditorial (avril 2015)

Ah ! Cette page du logiciel de traitement de texte, même elle m’avait manqué ! J’ai l’impression de n’avoir pas écrit depuis des lustres. C’est-à-dire que je me suis concentré sur la recréation de terhemis.fr, et que, comme le code n’est pas ma spécialité, j’y ai passé un temps fou. En cette fin mars, peu après le lancement officiel du printemps, je suis, cela dit, bien content. J’ai l’impression d’avoir surmonté un obstacle, d’avoir vaincu et d’en sortir grandi. J’ai désormais un site qui me plaît franchement, que j’assume complètement et que je suis même prêt à promouvoir. Une belle vitrine pour mes textes qu’il ne me reste plus qu’à montrer… et à produire encore et encore. Ça doit rouler maintenant ! Je dois vraiment continuer, persévérer, avancer sur cette voie que je me trace en temps réel : être auteur, d’écrits certes, mais plus seulement, d’image et de contexte aussi. Les outils du web permettent de mettre en valeur la créativité, de faire savoir et de partager et il serait vraiment trop dommage de ne pas en profiter.

Oui, non seulement je veux produire, mais je veux partager, et pas seulement ce que j’ai produit. Je veux partager ce que j’ai perçu et qui m’a plu ou touché ou emporté et j’ai très envie de le faire en plongeant dans cette époque du multimédia, des médias de tout type mais qui se donnent presque intégralement par cet unique canal, au fil de cette toile infernale et qui, après une quinzaine d’années, n’en finit plus de m’épater. Le web reste extraordinaire, notamment parce qu’il s’enrichit de jour en jour. Difficile de déclarer sa flamme à un engin si complexe en réalité, si dense, sur lequel on trouve le meilleur comme le pire, et qui, s’il reflète en tous ces points la vie, n’en est pas moins souvent qu’un pâle reflet.
Sauf que régulièrement, j’y trouve des choses qui lui donnent, à cette vie, une dimension supplémentaire. Au fond, c’est ce que je veux apporter aussi : cet ingrédient qui ajoute à la richesse infinie qui nous entoure déjà. Je veux participer, en somme, et si le web n’est qu’un outil, il a le mérite d’être et surtout d’être à la mesure de n’importe quelle ambition.

Arf, point trop n’en faut… et en même temps, mon site, je l’aime, et mon Tumblr aussi. Pensez, j’y investis tellement de temps et d’énergie… Ce que je voyais comme un biais pour arriver à mes fins et en train de devenir la raison d’être, tandis que je retrouve ma mesure d’individu là-dedans, minuscule et au mieux complémentaire. Je suis réellement fasciné par tout ce qu’on trouve d’intéressant sur Tumblr, sur Flickr ou sur Vimeo et consorts, par exemple. Et bien que WordPress pose parfois problème, il reste une superbe base de travail, géniale même, parce qu’elle peut devenir à peu près n’importe quoi et s’adapter à n’importe qui, pour peu qu’on s’y implique. Et tout ça n’existerait pas sans les communautés qui initient, font vivre et exploitent ces outils d’aujourd’hui, alors merci à tous !

Ne reste plus qu’à aimer davantage et pour les bonnes raisons mes mots, à croire sincèrement en mes capacités et à continuer, surtout, d’aller vers l’autre et donc de l’avant. Car toutes ces expressions ne sont finalement rien d’autre que des opportunités d’échanger, que des propositions qui seront ou non acceptées et qui alors feront réellement sens. J’intègre petit à petit qu’il ne s’agit pas de viser la perfection, mais de trouver la juste adresse quelque part entre la qualité, l’accessibilité, la spontanéité et la récurrence. Il n’y a pas à tergiverser, il n’y a qu’à continuer d’essayer, en se faisant toujours plus plaisir.

Et comme un bon tempo n’arrive jamais vraiment par hasard, je repartage cette vidéo d’une conférence TED sur les éventuelles avancées démocratiques liées au code et à internet.

Merci Nikopik d’avoir partagé cette vidéo

Introduction à la curation et aux flux RSS

Je tente sur ce site d’être explicite et de franciser le plus possible. Je me suis en effet aperçu il y a quelques années que l’utilisation de mots étrangers pas tout le temps appropriés ajoutait de la confusion dans la communication.
Parfois, traduire correctement un mot issu d’une technique ou d’une pratique étrangère permet d’en comprendre le fonctionnement en plus du sens. Comme si les bonnes connexions mentales s’établissaient grâce aux bons mots.

Essayons donc de rendre simple ce qui paraît compliqué, même s’il faut pour cela faire jouer le sens et jouer des mots (au risque de faire des phrases compliquées au lieu de se contenter de mots compliqués). Ça tombe bien, ce travail d’expression par la phrase est à la racine de mon activité d’écriture et donc de ce site.

Or, cette notion de « syndication » (me) pose problème, et l’expliquer n’est pas tout à fait aisé. La manipuler permet pourtant d’en comprendre facilement les effets et l’usage, mais faisons d’abord cet effort d’intellection. Car cette syndication des contenus d’internet, bien que méconnue et relativement peu exploitée, se révèle très utile, spécialement dans le cadre de la curation.

Curation

Encore un mot barbare, facilement éclairé celui-là : la curation consiste à sélectionner dans la masse les contenus ou les informations les plus pertinentes avant de les mettre en avant. Le curateur présente ces informations à une audience qui s’en remet à sa clairvoyance ou à son goût, disons à sa capacité de sélection.

Une publication de type journal ou magazine présente de la sorte les informations qu’elle estime intéressantes, au moins pour son lectorat. C’est aussi un peu le travail de l’éditeur qui cherche et choisit notamment les bons manuscrits, sauf qu’un curateur ne fait pas partie du marché ou de l’industrie du livre, mais plutôt de l’univers du web.

Un (bon) journaliste devrait enrichir l’information d’une analyse ou d’un point de vue, la mettre si possible en relation avec d’autres grâce à sa mémoire ou la disposer dans un cadre particulier grâce à sa culture. Un (vrai) journaliste ne fait donc pas que transmettre ou présenter l’information et la curation n’est donc pas encore de la rédaction journalistique, même si elle peut le devenir.

Si le mot « curation » est nouvellement utilisé, la pratique est donc ancienne. Je suppose que ce mot apparaît en même temps que son contexte : alors que les rédacteurs des premiers journaux cherchaient à transmettre des informations qui ne circulaient que difficilement avant l’ère de la presse (la presse est avant tout une technique d’impression, c’est une des révolutions industrielles qui a mené à l’ère de l’information) c’est parce que l’information circule aujourd’hui trop facilement (à l’ère des médias qu’on pourrait appeler celle de l’information numérique) qu’il devient intéressant de s’en remettre à des groupes ou à des individus qui la sélectionnent.

C’est aussi potentiellement dangereux, mais la clé existe elle aussi depuis longtemps : il est nécessaire de diversifier ses sources autant qu’il est sain de ne pas rester ouvert à toutes les vannes de la communication-information.
Un mot valise, que je n’aime pas contrairement au mot « curation » qui bizarrement me parle, est utilisé pour décrire ou décrier, ou déplorer, ce phénomène de surinformation : l’infobésité. C’est moche, mais passons.

Groupe

Avant d’en revenir à la syndication, faisons un autre détour. J’aimerais manipuler le terme « groupe » dont le sens est proche.

Le groupe est un ensemble d’êtres : des personnes ou des animaux, on utilise moins ce mot avec des objets (« un groupe d’arbres » ?) ou bien on le fait avec l’idée de classer (un groupe vis-à-vis d’un autre).

Le groupement est lui le substantif du verbe grouper : il s’entend en tant qu’action, autrement, le groupe et le groupement en tant que simple assemblement évoqueraient exactement la même chose. C’est une nuance qui peut s’entendre avec le déterminent qui précède : il semble juste de dire « le groupement » : on évoque alors la formation du groupe, on constate ou on décrit cette formation ; mais il semble inexact de dire « un groupement » puisqu’« un groupe » signifie la même chose (à moins d’associer une notion péjorative au groupe en le décrivant comme un groupement).

Il est tentant enfin d’utiliser le terme regroupement pour désigner la même chose que le groupe, mais ce préfixe « re » ajouté signifie en fait qu’il faut recommencer le groupement, reformer le groupe, former de nouveau ce groupe. Si on distingue ainsi les choses, un groupe de personnes n’est plus tout à fait la même chose qu’un regroupement de personnes.

Syndication

Ces différences devraient permettre d’extrapoler le sens du mot syndication à partir du mot syndicat, et pourtant, cette syndication ne m’évoque rien : le concept derrière ce mot reste insaisissable dans ma pensée quand bien même j’essaye de me concentrer dessus. On utilise pourtant sans problème le mot français syndicat : il est l’association de personnes dans le cadre de l’immobilier ou du travail. Cette notion d’association va au-delà de la notion de groupe, elle implique la notion d’entraide, de ne plus simplement être ensemble, mais aussi de faire ensemble.

Que déduire alors de l’ajout du suffixe « ion » au terme syndicat ? Pas grand-chose si ce n’est que c’est un anglicisme douteux. Il s’applique à des données plutôt qu’à des êtres et n’induit plus le sens d’union mais simplement de réunion. Quand on file le parallèle avec le mot « groupe », on obtient d’ailleurs quelque chose comme « groupage » et pour « groupement », ça donnerait probablement quelque chose comme « groupementage » ou « groupementation ».

Et si cet usage de la syndication des contenus n’était pas adopté par le grand public parce qu’il était mal nomé ? À travers cette manipulation des mots, deux d’entre eux m’apparaissent pourtant déjà comme plus adaptés : association et réunion. Le mot « syndication » a malheureusement été adopté par le web français, et il faudra (plus ou moins) faire avec.

Quoi qu’il en soit, la syndication consiste à réunir de façon automatisée (programmée) les publications d’un site en un fichier (ou un tronçon de code) qui pourra être utilisé pour obtenir une vue d’ensemble.

Les notions les plus proches de la syndication sont celles de sommaire ou de table des matières. Sauf que rien n’empêche avec elle de transmettre l’intégralité du contenu en plus des titres, et cet ensemble est mis à disposition automatiquement.

Mais quel devient l’intérêt de cet assemblage quand il communique aussi tout le contenu s’il suffit de naviguer sur le site original pour (a)voir la même chose ? En fait, si on obtient bien le même contenu, on ne le visualise pas de la même façon :

  • la liste a pour elle d’évacuer les fioritures esthétiques qui entourent éventuellement le contenu sur le support original ainsi que les éléments d’interface ou de navigation qui peuvent alourdir l’information ;
  • mais surtout, ces listes nous donnent la possibilité d’afficher sur la même page, sur le même écran, plusieurs assemblages (les assemblages de plusieurs sites), mélangés ou juxtaposés.

Flux

La sélection se fait en deux étapes :

  • On choisit le site que l’on veut suivre et dont on obtiendra le flux des publications : ce sont les liens que je mets à disposition plus haut.
  • Puis l’on pioche dans la liste obtenue, qui peut donc être grossie de plusieurs flux, les éléments susceptibles de nous intéresser.

On peut maintenant rassembler en un seul lieu les flux des sites traitant par exemple d’un même sujet : politique, sport, informatique…

On peut aussi se contenter d’afficher au même endroit les différents sites qu’on à l’habitude de visiter sans les regrouper par thème, ce qui, une fois mis en place, nous évite déjà de les ouvrir les uns après les autres.

C’est un peu comme si on pouvait demander au libraire le journal des journaux : « je voudrais l’intégrale des quotidiens d’aujourd’hui en un seul volume relié monsieur s’il vous plaît merci ». Un libraire professionnel et assertif vous proposerait peut-être Courrier International, hebdomadaire de choix, qui fait un peu cela dans l’univers papier depuis 1990 !

Ce système de flux agrégés remplace en fait avantageusement celui des favoris que j’ai fini par dédier aux « sites services », ceux qui permettent de réaliser ponctuellement une tâche (envoyer un mail, ou conjuguer un verbe, au hasard).

L’ère informatique, aidée d’internet, met donc à notre disposition de formidables outils. Information de première fraîcheur s’il en est, qui ne dit toujours rien de la chose RSS.

rss

Maintenant qu’on cerne mieux l’utilité des flux, il devient très simple d’expliciter le sigle RSS, trois lettres qui désignent au choix : Real Simple Syndication ou Rich Site Summary, que nous pourrions traduire par Très Simple Syndication ou Résumé Enrichi de Site. Pas très probant mais peu importe, RSS n’est qu’un langage parmi d’autres qui permet de formater puis de traiter (coder puis décoder, le mouvement inhérent à toute programmation) ces flux de publications. Vous tomberez aussi sur l’appellation ATOM, langage concurrent, mais RSS semble être le standard, pas tant parce qu’il est meilleur que parce qu’il est plus ancien. Pour ceux qui le découvrent « aujourd’hui », sachez que vous n’avez qu’une quinzaine d’années de retard, une goutte d’eau à l’échelle de l’humanité.

« Très bien, mais que fait-on de ces syndicats fluctuants en (u)RSS ? » me demanderez-vous ! Car si vous avez benoîtement cliqué sur les liens des flux, vous aurez probablement vu s’afficher une masse de caractères indigeste, à peu près illisible puisque pas mise en forme (cela dépend tout de même de votre navigateur). En l’état, ce nouveau contenu n’est effectivement pas utile pour nos yeux humains. Je pourrais le mettre en page pour le rendre lisible, mais je n’en vois pas (encore) l’intérêt. Il est ailleurs comme la vérité, il réside dans : l’agrégateur !

Agrégateur

Cette fois, et même si le mot ne figure pas (lui non plus) dans notre centre national de ressources textuelles et littéraires, il m’apparaît explicite. Agréger, c’est assembler ; un agrégat c’est un amas, un agglomérat (je l’utilise moins celui-là)… certes, certes. Mais alors, s’agirait-il d’assembler-des-groupements… de titres ? « Quel calvaire, ça n’en finira donc jamais ?! ». Rassurez-vous, nous y sommes.

Ces flux et ce concept de syndication n’ont de réel intérêt qu’avec le logiciel qui les affichera en bonne et due forme. La version 10 d’Internet Explorer cumule désormais les fonctions de navigateur et d’agrégateur (j’en profite tout de même pour vous inviter à préférer naviguer sur le réseau mondial avec Firefox ou Chrome), et vous utilisez peut-être un logiciel libre et gratuit de messagerie nommé Thunderbird sans forcément savoir qu’il permet d’exploiter ces flux, mais c’est un site qui pour moi a fait la différence, à savoir Netvibes.

Vous trouverez plus de précisions et une liste de services et logiciels d’agrégation sur Wikipédia. Outre Netvibes, je trouve Feedly très agréable, et je vous le recommande pour une première approche.

Netvibes

Outil français lancé en 2005, Netvibes est un genre de tableau de bord qui permet de cumuler vue d’ensemble et thématiques via des onglets. C’est en tout cas comme ça que je l’utilise et pour ça que je l’affectionne tout particulièrement. Il me permet d’assembler les flux des sites que j’apprécie tout en les concaténant visuellement.

Une image sera cette fois nettement plus parlante :

netvibes_tableaubord02

Pour commencer à utiliser Netvibes rapidement, inscrivez-vous à cette adresse.

  • On vous propose alors de créer un « dashboard« , choisissez éventuellement celui qui sera d’abord vide en cliquant sur « Défaut ».
  • Il n’y à plus qu’à « ajouter » (en haut à gauche) vos flux. Une fois dans cette fenêtre d’ajout, cliquez sur le « + » dans la section « Reading app » et collez une adresse (par exemple http://terhemis.fr/feed/) dans le champ dédié, logiquement intitulé « Entrez un flux RSS ou l’adresse url d’un site web ».

Un ou plusieurs blocs devraient apparaître (en fonction des sections du site qui permettent le suivi), vous n’avez plus qu’à choisir celui que vous voulez ajouter à votre tableau de bord.

Notez que cliquer sur les liens dans le tableau de bord peut simplement afficher l’article au sein de l’application, ou bien vous diriger vers l’article original sur sa propre page (option qui a ma préférence). Pour ce faire, accédez aux options du bloc de liens en cliquant sur l’icône composée de 4 petits cercles en haut à droite du bloc, et cochez « Ouverture des liens sur leur site externe ».

J’ai bien conscience que tout ça n’est pas très intuitif, mais ce n’est pas insurmontable non plus et le petit investissement en temps que demande au départ la mise en place du regroupement des flux, que ce soit sur Netvibes, Feedly ou ailleurs, est très vite rentabilisé… À vous maintenant de voir si ces outils vous conviennent et de vous les approprier si c’est le cas…