Promenade au lever du jour

Medieval Baker par Hans Splinter

Crédit photo : Medieval baker, par Hans Splinter, sous C.C. BY-ND 2.0

Chocolatière chaque jour,
prépare ses mets avec amour.

Cheveux longs, clairs et bouclés,
elle porte le tablier.
De fils violets tressés, d’aliments taché,
il couvre ses beaux chemisiers.

Manches retroussées et jonchée
entre les récipients à moitié pleins
et les bouteilles à moitié vides,
elle mêle les graisses aux grains
et les poudres aux liquides.

Quand non-d’un-bœuf,
vient à lui manquer l’œuf.

Le livreur hier était rêveur,
tandis qu’elle, avait la tête ailleurs.
Ce sera ce jour,
l’occasion de quitter un instant les fours.

De son antre sortie,
à la bonne heure,
elle découvre le jour nouveau.

L’air est frais,
la brise légère,
passe par travers
les maisons de murs clairs.

Comme il fait bon là-dehors,
au dedans du village perché.

Elle traverse quelques rues sableuses,
dépasse les ruelles terreuses,
et s’arrête avant les routes champêtres.

Les oisillons non moins perchés,
mettent partout la pagaille.

Pas gaillards mais criards,
ils réclament la mangeaille
de tout leur bruyant être.

Trop tôt !
Sapristi l’épicerie
n’ouvrira ses portes que très bientôt.

Un temps précieux,
accordé par les dieux,
qu’elle donne au ciel naissant.

S’asseyant,
sur le muret séparant
le plateau du reste d’un monde verdoyant,
elle profite de ces quelques instants,
cheveux ballottés par le vent.

Elle sera, tout sourire,
la première cliente du moustachu,
éberlué de plaisir
par cette grâce
à laquelle il fait face.

Sa belle journée
encore un peu plus belle
commence avec elle.

Merci l’ami,
lui dit-elle
pour ces quelques boîtes de neufs.

Éphémère,
libre de cœur
et comme l’air,
elle retourne en son antre,
fabriquer les saveurs
à la conquête des ventres.