Un auteur libre

Crédit photo : Jump, par Snow_Chan, sous C.C. 0

Jours libres

Aujourd’hui, ça fait trente jours que je suis libre. Le trentième et dernier jour avant que, demain, je ne retourne travailler. C’est ainsi que j’ai décidé de les appeler, ces jours pendant lesquels je peux m’occuper de ce qui m’importe vraiment. Ce ne sont pas des vacances, pas des « week-ends », pas des jours de repos, ce sont les jours pendant lesquels je peux mener la vie que j’aimerais mener constamment. Ces jours où il ne faut pas répondre à tel impératif absurde ou à tel autre un tant soit peu plus légitime, mais qui dans tous les cas m’empêche, d’écrire, de penser, de projeter, d’apprendre.

Flore Vasseur disait récemment dans ce discours qui m’a tant touché : « Douter, apprendre, comprendre. », ce qu’on ne peut pas faire quand il faut être rentable, quand on est employé, qu’on a des comptes à rendre. Être libre, c’est aussi n’avoir à n’en rendre qu’à soi, c’est choisir son rythme, c’est être le seul à pouvoir juger, à la fin de la journée, si elle a été fructueuse ou si je me suis laissé aller. Et pour l’essentiel, durant ce mois de juillet décalé, j’ai bossé. Au figuré, car ma vocation n’a pas grand-chose du labeur physique, mais au sens propre aussi, car à force de rester assis, concentré, les yeux rivés dans l’écran, je me tasse, entre les lignes du texte qui pourtant me grandissent. Il y a celui du web qui bien sûr m’occupe et me remplit, et il y a, à l’autre bout du processus, celui que je m’acharne à faire sortir de moi.

Écriture libre

Bref, tout ça pour dire qu’avant d’entamer cette bien belle session de jours libres, je m’étais donné une mission : concrétiser ce recueil de courtes fictions qui avait pris forme en moi depuis plusieurs mois mais sur lequel je ne pouvais me focaliser à cause de l’emploi. C’est chose faite. Il m’a fallu deux semaines, à retravailler, compléter, agencer, ajuster consciencieusement le texte, pour enfin profiter de ce « premier jet complet communicable » comme je l’appelle. Un manuscrit en somme, pas définitif, mais suffisamment fixé pour que la lecture de tierces personnes se fasse sans heurt et permette d’en révéler les erreurs et les errements.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cette lecture par les tiers prendrait autant de temps. Cela fait deux semaines que j’ai envoyé ma production à 4 personnes de confiance… et je n’ai eu pour le moment que de maigres retours. Forcément, ils mènent leur vie, ils ont d’autres choses à faire, mais tout de même, c’est le premier aboutissement d’un effort de plus de 7 ans… alors j’ai hâte, non d’en finir, mais que ça avance, que ça progresse. Qu’à cela ne tienne, pendant qu’eux s’occupent parfois des mots, j’en profite pour me les sortir du crâne et pour m’occuper de leur publication.

Édition libre

J’avais déjà défriché le sujet il y a 3 à 4 ans, tandis qu’entre autres activités je concevais ce site, mais c’était trop tôt : sans manuscrit, impossible de mettre en pratique. Depuis deux semaines, c’est différent. Ça n’a jamais été aussi concret… et aussi foutraque, encore que je commence à mettre de l’ordre dans tout ça (ce sera le sujet d’un prochain article). J’étais prévenu pourtant : l’écriture, même si elle semble régulièrement insurmontable (je lutte d’ailleurs franchement pour rédiger cet article) n’est qu’une étape. Vient ensuite le moment d’en diffuser le résultat, de faire connaître, de (réussir à) vendre pour ceux qui vendent, ou à tout le moins de chercher un éditeur pour ceux qui veulent en passer par eux. Remettons les choses au point : ce n’est pas mon cas. Mais si j’envisageais une autoédition déjà devenue traditionnelle à l’époque, sur ce point en revanche, les choses ont évolué.

En fait, j’ai toujours trouvé qu’il y avait beaucoup d’hypocrisie à se dire auteur indépendant, et même autoédité (terme qui m’évoque l’autonomie), quand la plupart de ceux qui acceptent ou subissent cette étiquette servent Amazon et consorts. En plus, c’est une manière de se définir en regard d’une tradition et qui ainsi la perpétue. Je ne renie ni l’histoire ni les raisons d’être de cette tradition, et je comprends bien qu’il reste quelques maisons indépendantes, qui se définissent en vis-à-vis des monstres industriels qui saturent l’espace. Mais c’est précisément de leur aval aussi, en plus de leurs conditions, dont je veux me passer. Ça ne veut pas dire que je veux m’isoler, ce serait d’ailleurs absurde pour un auteur : j’aspire à être lu. Ça veut dire que je veux faire autrement, que je veux parvenir à cette rencontre avec le lecteur sans alimenter un système devenu parfaitement caricatural, et sans faire de ce si précieux lecteur un client, ce qui d’ailleurs ferait de moi un marchand ! Idée qui, une fois rédigée, m’apparaît effectivement complètement saugrenue. Ce que ça veut dire aussi, c’est que je veux pouvoir accepter ou refuser ces partenariats à partir d’une liberté irrévocable que j’aurai réussi à nous octroyer.

Monde libre

À l’époque où je choisissais cette autoédition par opposition, par dégoût, par rébellion, j’avais déjà un pied dans la marmite du partage, mais je n’avais pas fait le lien. Désormais, le contenu de cette marmite m’anime, je dirais même, si j’osais, qu’il me compose corps et âme. En d’autres termes, j’utilisais des outils libres et savais bien pourquoi, mais n’étais pas réellement conscient des tenants et des aboutissants, des difficultés, des obstacles et des enjeux. Aujourd’hui, tout ça est ancré en moi, solidement je l’espère, car en face, ledit système n’en finit plus d’agoniser, de persévérer et de nous mener tous dans le mur. Au fil de mes recherches, je me suis donc armé de convictions. Aujourd’hui, c’est clair, je veux publier et diffuser « sous licence libre », je veux participer des Creative Commons1↓ et cheminer ce sillon initié par Larry Lessig2↓ et Aaron Swartz3↓ , et avant eux par d’autres géants tels que Richard Stallman4↓ , Tim Bernes-Lee5↓ , ou Linus Torvalds6↓ . Je veux faire comme eux, et comme tant d’autres et dans beaucoup d’autres domaines : je veux faire – activement – un monde meilleur. Non plus seulement le rêver, ou critiquer celui qu’on nous impose, mais agir, avec cette matière première que je me suis forgée, patiemment, laborieusement, et qui devra donc, en plus de divertir, de faire tressaillir, me permettre de concrétiser mes aspirations philosophiques et politiques.

C’est aux côtés de ces prédécesseurs défricheurs francophones dont j’ai connaissance et que sont Greg, le duo C’est donc vrai, Pouhiou ou M. Kervran, que je souhaite m’affairer, pour ne pas dire militer, en répercutant cet élan de liberté, en participant des communs, du bien commun, que Michel Bauwens7↓ notamment, s’acharne à expliquer et moi à comprendre. Ce sur quoi je reviendrai plus tard, cet article étant, au regard des mœurs du web, déjà beaucoup trop long.

En attendant, je vous invite à vous inscrire par ici si vous voulez être prévenu à coup sûr de la parution du livre (sachant que je vise septembre, mais que ce sera probablement un peu plus tard…) et je vous rappelle qu’on peut se retrouver quotidiennement sur Diaspora-Framashpère, où il fait bon communiquer et échanger ! À très vite, je l’espère.

05 août 2017

1 Creative Commons : http://creativecommons.fr/ et https://creativecommons.org/about/

Creative Commons est une organisation à but non lucratif qui a pour dessein de faciliter la diffusion et le partage des œuvres tout en accompagnant les nouvelles pratiques de création à l’ère numérique.

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2 Larry Lessig : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lawrence_Lessig

Lawrence Lessig, né le 3 juin 1961 à Rapid City (Dakota du Sud), est un juriste américain de notoriété internationale. En 2010, il est professeur de droit au Harvard Law School (Université Harvard, Massachusetts) où il a fondé le Center for Internet and Society.

Spécialiste de droit constitutionnel et de droit de la propriété intellectuelle, il est un défenseur réputé de la liberté sur Internet et s’oppose à une interprétation extensive du droit d’auteur qui porte atteinte au potentiel de création et aux échanges en ligne. Il est l’une des voix les plus écoutées dans les débats sur les limites du droit d’auteur et sur le développement mondial de l’Internet. Il est fondateur et président du conseil d’administration de l’organisation Creative Commons.

Pour aller plus loin : ce documentaire produit par Arte, diffusé par sa réalisatrice Flore Vasseur sur Vimeo : Larry Lessig, La rébellion du professeur de Harvard

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3 Aaron Swartz : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aaron_Swartz

Aaron Hillel Swartz (né le 8 novembre 1986 à Chicago, mort le 11 janvier 2013 à New York) était un informaticien, écrivain, meneur politique et hacktiviste américain.

Fervent partisan de la liberté numérique, il consacra sa vie à la défense de la « culture libre », convaincu que l’accès à la connaissance étant un moyen d’émancipation et de justice.

Aaron Swartz a eu un rôle décisif dans l’essor de l’Internet, tant sur le plan technique notamment en développant le format de flux RSS, l’organisation Creative Commons que sur le plan de la gouvernance juridique et politique en manifestant contre le projet de la loi SOPA (Stop Online Piracy Act).

Écrivain prolifique sous différentes formes (blogs, pamphlets politiques, textes de conférences), l’ouvrage Celui qui pourrait changer le monde (parution en français en 2017) rassemble ses principaux textes qui reflètent son engagement intellectuel sur des enjeux sociétaux dont le droit d’auteur, la liberté d’accès des connaissances et des savoirs dont les publications scientifiques ou la transparence en politique.

Pour aller plus loin, je recommande chaudement ce documentaire sur son parcours : The Internet’s own boy

Ce film raconte l’histoire de Aaron Swartz, programmeur de génie et activiste de l’information. Depuis l’aide qu’il a apporté au développement de RSS, l’un des protocoles à la base d’Internet, à la co-fondation de Reddit, son empreinte est partout sur Internet.

Mais c’est le travail révolutionnaire de Swartz autour des questions de justice sociale et d’organisation politique, combiné à son approche sans concession de l’accès à l’information pour tous, qui l’a pris au piège dans un cauchemar légal de deux années. Cette bataille s’est terminée par son suicide à 26 ans.

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4 Richard Stallman : https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Stallman

Initiateur du mouvement du logiciel libre, il lance, en 1983, le projet GNU et la licence publique générale GNU connue aussi sous l’acronyme GPL.

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5 Tim Berners-Lee : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tim_Berners-Lee#L.27invention_du_World_Wide_Web

C’est en mai 1990 qu’il adopte l’expression de World Wide Web pour nommer son projet. Il est rejoint par l’ingénieur belge Robert Cailliau (son premier collaborateur) et par quelques autres membres du CERN. Ensemble, ils améliorent la proposition de départ et la matérialisent. À partir de 1990, ils développent les trois principales technologies du Web : les adresses web (URL), l’Hypertext Transfer Protocol (HTTP) et l’Hypertext Markup Language (HTML).

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6 Linus Torvalds : https://fr.wikipedia.org/wiki/Linus_Torvalds

Il est connu pour avoir créé en 1991 (à 22 ans) le noyau Linux dont il continue de diriger le développement. Il en est considéré comme le « dictateur bienveillant ». […] Ce noyau est celui du système d’exploitation GNU/Linux, sous licence GPL.

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7 Michel Bauwens : https://p2pfoundation.net/

Pour s’initier en douceur, vous pouvez écouter le sieur expliquer très clairement les choses en français dans cet entretien d’une dizaine de minutes : http://blogfr.p2pfoundation.net/index.php/2017/07/15/leconomie-collaborative-sortir-classes-ouvriere-moyenne-marasme-linterview-de-michel-bauwens/, ou jeter un œil à cette introduction en anglais : https://vimeo.com/31495896

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