Les plaies purulentes

Crédit photo : Oakland PD officers move forward against a crowd of protesters, 2010, par Thomas Hawk, sous C.C. BY-NC 2.0

À ceux qui dans quelques jours voteront « Macron » pour faire barrage à « Le Pen », comprenez qu’il va falloir faire immensément plus que déposer un bulletin dans une urne et se satisfaire pendant quelques années encore d’un confort relatif, pour repousser la marée que va provoquer une politique semblable à celles des dernières années et décennies mais encore un peu plus décomplexée et la misère qu’elle va engendrer, tant sur le plan matériel pour les plus pauvres qui le seront de plus en plus et qui seront de plus en plus nombreux – tandis que d’autres n’en finissent plus d’accumuler – que sur le plan moral pour ceux qui quoi qu’il en soit ont compris que ce monde-là est inadmissible. Ce monde dans lequel la France et beaucoup d’autres se satisfont de mieux en mieux de détourner le regard devant les exactions d’un empire belliqueux dominant, de ne contredire plus jamais, et même d’acquiescer toujours plus vite, pour finalement contribuer, en perfectionnant et vendant par exemple toujours plus d’armes. Ce monde qui d’une part envenime, corrompt, détruit un à un les acquis collectifs, assassine une à une les libertés individuelles, et d’autre part assèche, stérilise, affame et empoisonne, l’eau, l’air, le sol, les personnes. Ce monde qui, déjà, contredit le vivant.

Comparé aux combats menés sous l’occupation nazie, déposer une enveloppe dans une urne (le même geste qui, rappelons-le, a aussi légitimé ledit nazisme, ce qui est donc encore possible, quoi qu’en disent certains) est un acte de résistance qui ne demande dans la pratique aucun courage par ici. Il faut soudain se rappeler que le moindre relent, la moindre réminiscence de cette idéologie-là, devrait être combattus avec infiniment plus de véhémence et de ténacité – tandis que nous les tolérons. Anesthésiés, comateux, végétatifs, ivres encore d’une abondance si trompeuse, nous sommes tous responsables de la recrudescence qui fait qu’un quart des votants s’autorise désormais et à nouveau à manifester son empathie plus ou moins consciente pour telle horreur. Bien sûr, j’ai dors-et-déjà honte de cette France, de cette Europe et de cet occident qui sont en train de devenir plus intolérants encore qu’ils n’étaient riches. Et parfois, j’aimerais que ces millions se révèlent pour les affronter. Parfois, n’ayant pas d’enfant – et pour cause, hors de question de leur imposer ce monde-là – j’aimerais que ça pète, qu’on puisse crever un bon coup l’abcès, mais alors j’ai tort. Car les patries gonflent leurs biceps, et si je crois que l’inculte et l’incompétent pion Macron ne fera rien pour enrayer ce mouvement, et y voit même probablement l’occasion d’un profit, je sais que les Le Pen et leurs sbires, eux, mettront volontiers de l’huile sur le feu.

Crédit photo : Napalm, par Banksy

En dehors de la pratique pourtant, sur un plan davantage théorique, il revient à ceux d’entre nous qui donc ont compris, qui ont réalisé dans quel monde nous vivons, et que nous sommes les collaborateurs d’aujourd’hui, de légitimer par le vote cet autre autoritarisme, latent, cet autre extrémisme, « libéral ». J’aimerais que nous gardions à l’esprit que ceux-là peuvent être combattus dans la rue et certainement par l’intelligence et qu’il nous est peut-être encore possible, en cinq ans, de renverser la vapeur, notamment après l’élan acquis ces deniers mois, avec notre et nos intelligences donc, plutôt qu’avec nos vies et devant les fusils. Car si nos vies ne sont que des numéros pour les oligarques et la hiérarchie d’aujourd’hui, elles ne sont rien, rien du tout, pour ces héritiers d’un autre genre qui entretiennent les partis de la haine et constituent leur socle et leur force vive, ceux-là soutenus par cette ancienne puissance éconduite, qui ne veut bien qu’une chose, prendre la place de son ancien adversaire pour s’imposer aussi fort.

Alors à ceux qui voient en la Russie un espoir face à l’envahisseur, je vous adjure de réaliser qu’elle est un remède périmé et particulièrement nocif, tel une saignée qui achève. Elle est de toute évidence bien décidée à incinérer les restes du cadavre de notre âme humaniste avec la chair du colonialisme atlantique. Il suffit pour s’en convaincre de voir qui elle soutient et comment, et tout le mal qu’ainsi elle fait déjà.

À vous qui pensez que tout est marchandise, vous avez tort, et nous vous le ferons comprendre en nous battant.

À vous autres enfin qui pensez que la différence est répugnante et non compatible avec l’entente, vous avez tort, et nous vous le ferons comprendre en nous battant.

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Quant à nous, qui nous retrouvons à devoir choisir entre les cancers, à devoir renifler nos plaies purulentes pour tenter de savoir laquelle nous éteindra le plus ou le moins vite, il va nous falloir faire très temporairement d’un ennemi moins immédiatement létal un allié contre l’autre, puis retourner aussitôt dans la rue et faire porter nos voix bien plus haut, jusque dans leurs tours sanctuaires. Il nous faut agir, nous faire entendre, nous faire comprendre.

Je crois que nous sommes une minorité éveillée, consciente ou « conscientisée » enfin, et qu’il nous faut nous battre, sur tous les fronts : face au système, en lui autant qu’en dehors de lui. Il nous faut continuer de nous émanciper, de récupérer non pas notre identité mais notre autonomie, de nous fédérer et selon différentes échelles, et il nous faut absolument essaimer.

Soyons à la hauteur d’autres séquences de notre histoire que celles les plus sombres et les plus honteuses. Surtout faisons-la, l’histoire, activement, et faisons-la avec ou sans représentant-s charismatique-s. À l’ATTAC, bon sang !

Terhemis, plume insoumise.

25 avril 2017

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