Sec dans l’océan

Autant le dire clairement cette fois : n’ai pas la moindre idée de ce dont vais parler. Ai subitement été happé par l’envie d’écrire, il fait nuit, la musique, l’ambiance et mon état d’esprit s’y prêtent. Planètes alignées comme on dit. Alors m’installe, et me voilà à raconter, une fois de plus, ma vie ; et à le faire sans tournures sibyllines pour le moment. Ce texte ne vaut donc pas mieux que n’importe quel autre, écrit par n’importe qui d’autre. Mais laissons venir, et voyons.


Crédit photo : Rest in paint 3, par EmsiProduction, sous C.C. BY 2.0

Les envies dernières

Après m’être vidé d’émotion, me voilà vidé tout autant d’ambition. Me rapproche donc de l’état végétatif, ou plutôt minéral, car passe mon temps à « cogiter », notamment politique, société, liberté. Des biais de procrastination parfaits car menant à des réflexions sans fin. Me vautre dans le théorique, et dans l’abstrait, parce que ne fonde mes pensées sur rien de concret. N’étudie pas, ne note pas, ne calcule rien ; me contente de lire, de parcourir, de fouiller, de faire preuve certes de curiosité ; mais ne partage que trop occasionnellement. Alors ça naît en moi, ça vit quelque temps en moi, puis ça meurt en moi le plus souvent. Sais bien ce qu’il me reste à faire : écrire, rédiger, formuler, et mettre à la disposition le fruit de ces actions. N’y pense qu’au futur ; n’entre jamais dans le vif du sujet, dans l’action, pour peu que l’écriture en soit une… M’envisageais récemment journaliste indépendant… Aimerais aller sur le terrain, m’entretenir avec les gens, leur poser des questions, pour faire connaître. En voilà une, de bonne raison, pour m’extraire à nouveau de ce foyer. Reporter itinérant, dévoilant à l’aide du web. D’en parler ici et maintenant ravive mon envie, mais celle-ci ne quitte pas le domaine de l’utopie. Ne sais ni comment ni par où commencer. Par le portillon donnant sur la rue, et par le voisinage, sans doute. Voulais pénétrer l’arrière-boutique de la boulangerie, endroit tout à fait mystérieux à mes yeux, duquel sortent en bonne quantité moult pains fameux et davantage encore de pâtisseries. Et comme tous les autres projets et toutes les autres idées qui donc me nourrissent, cela se dissipera.

Crédit photo : Rest in paint 2, par EmsiProduction, sous C.C. BY 2.0

La pieuvre qui pèse dans l’espace

Rencontrais hier un vendeur un peu spécial dans ce magasin dédié au son. Il a commencé par m’expliquer qu’il me faudrait, étant visiblement quelqu’un de réservé, me créer un personnage et en jouer pour que ma voix, quel que soit l’outil choisi pour la capter, puisse effectivement se donner. J’estime m’essayer assez pour parvenir parfois à cette voix qui porte quelque chose, ou du moins ai-je occasionnellement cheminé en ce sens, mais le simple fait qu’il me saisisse presque instantanément comme cette personne un peu trop calme qui reste en retrait et volontiers silencieux m’a frappé. Me destine à rester un fantôme. J’aurai beau m’égosiller à l’écrit, cela n’y changera rien, encore moins si je continue de ne pas publier. C’est même trop facile : me réfugier ainsi derrière l’écran, y raconter ce que je veux comme je veux, et garder pour moi puisque après tout personne n’en veut. L’on pourra à nouveau se demander à quoi bon ; et mes atours nihilistes auront tendance à me faire répondre qu’il n’y a jamais rien de bon, rien qui vaille vraiment la peine ; ils me rappelleront à notre nature par trop éphémère, à nous tous individuellement comme à nous tous, prédécesseurs et successeurs inclus, en tant qu’humanité. C’est elle qui avance sans but au sein d’un océan d’obscurité, qui paraît-il a même le toupet de s’étendre encore et encore et probablement toujours plus vite. À rebours de tout ça, pourtant, ce qu’il me reste d’ego et qui tantôt s’indigne du peu d’importance que je lui accorde se manifeste. Il dit que, tout de même, je devrais faire un effort si je ne veux pas clamser gorgé de regrets. C’est là que ça coince, car je préférerais présentement abandonner ce qu’il me reste de velléité, et notamment artistique. La voilà, la vérité, je suis faible comme trop d’autres, et je me complais dans ce confort que je n’ai pas mérité, mais qui m’est attribué, par cette société ainsi faite qu’elle accorde à quelques individus et selon leur naissance des moyens considérables, qu’il devient à mes yeux absurde d’amplifier ou même simplement de perpétrer. C’est cette vérité qu’il me faudrait véritablement embrasser. Accepter ma provenance, mon statut, mes privilèges, et admettre que je n’aurai pas le caractère de m’en défaire. Sauf qu’accorder le futur et la négation me froisse. Je n’accepte de personne d’autre qu’il me dise ce que je ne ferai pas. Me suis d’ailleurs senti jusqu’à il y a peu capable de tout faire. Me sens désormais déjà vieux, me sens lourd d’une grosse vingtaine d’années d’extrême timidité plus ou moins compensée, et je la sens, cette timidité, inscrite au plus profond de moi, comme une pieuvre fermement agrippée sur mes organes et dans ma chair. Suis résigné : elle me restreindra jusqu’au bout. Je fais front face à autrui, mais suis déjà effondré en moi-même. Suis vaincu, menotté par les milliers d’opportunités gâchées. Quand bien même je n’abandonnerais pas, je ne gagnerai pas. Mais le formuler et le penser de cette manière me fait réaliser que c’est ainsi que ce doit être ; c’est comme ces matchs qu’on dispute ; tous ces matchs perdus depuis le début de la saison ; n’ai pas un instant baissé les bras ; ne les avons pas gagnés pour autant.

Crédit photo : Rest in paint 4, par EmsiProduction, sous C.C. BY 2.0

13 avril 2017

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