Parce que c’est meilleur que n’importe quoi d’autre

000028 [Soleil sur plage, en noir et blanc]

Crédit photo : 000028 [Soleil sur plage, en noir et blanc], par Elsie Lin, sous C.C. BY-SA 2.0

Écrire sur la musique, ça je veux. Quand j’essaye, c’est pas facile, mais je veux.

Écrire pour écrire, pourquoi pas. Écrire pour dire, bien sûr. Écrire pour sentir, transmettre et vibrer à partir de la création de quelqu’un d’autre, le voilà, le bonheur. Souvent, c’est le déclencheur.

J’écris pour ça, en fait. Pour m’en mettre plein l’esprit, de ces autres, de leurs créations et du monde. J’aime les dire. J’aime essayer de les comprendre. Les décortiquer, les intégrer, jouir avec eux, le faire avec des mots, avec mon outil de prédilection, que j’use et que j’use depuis des années et qui pourtant s’affûte.

Cette musique qui m’éclate l’oreille en parallèle, elle est partagée sur le web sous Creative Commons, avec certaines restrictions, mais surtout donc, avec la possibilité de l’écouter librement, avec celle aussi de la partager à son tour. Et à vrai dire, j’écris dans ce sens-là aussi, dans le sens du web, de l’écriture libre, autonome, indépendante, assumée en tant que telle.

Écrire pour partager, simplement, sûrement, chaque jour, pour donner à lire, à voir, à entendre peut-être, pour activer nos sens et pour que ça bouge. En moi, en vous, partout. Pour que ça bouge devant l’écran, pour être actif devant lui, pour ne pas végéter, parce que ces concepts apprivoisés en lettres assemblées, ils me font carrément triper : pas seulement voyager, mais planer, rêver, halluciner.

Et je m’emporte avec les sons, les sons à l’ancienne, l’électronique bouleversée et bouleversante quand elle-même crie et s’écrie, et j’imagine le gars devant son ordinateur ou son clavier – pas le même que le mien – créer et pendre un plaisir infini à le faire, à voir évoluer ce qu’il façonne et à se satisfaire un jour du résultat dans une euphorie qui n’a d’équivalent que la fatigue qui l’accompagne, passer ensuite à la piste suivante, comme je passe au paragraphe suivant, à l’extrait au sujet au texte suivant.

Car de longs récits, pour le moment, je n’en écris pas. Je n’y arrive pas. Je vagabonde, je picore, je pioche, je butine, je me divertis. Ces expressions, elles sont cela, un divertissement permanent, une raison d’être parce qu’alors la vie fait plaisir et fait du bien. Avec tout ça et avec un peu de chance, je dessine les pièces d’un puzzle que quelqu’un d’autre s’amusera peut-être à assembler. Peut-être ou pas du tout. En attendant, c’est un portrait décomposé, abstrait, pourquoi pas absurde. Un portrait changeant comme le monde et comme moi. C’est difficile à suivre et tant mieux. Ça ne s’adapte pas au moule de l’édition, et encore difficilement à celui d’un site web. Ce n’est pas une marchandise. C’est une somme dont l’équation se module au gré de mes apprentissages et de mes oublis, au gré des émotions qui nous accompagnent, qu’on quête ou qu’on subit. C’est la vie. Tout ça, c’est la vie. Mon écriture, c’est ma vie.

Peut-être qu’à un endroit du parcours, chaque texte-pièce trouvera sa place, au moins vis-à-vis des autres textes-pièces, car probablement tout ceci restera lettre morte dans l’ensemble de ce monde gavé et explosé. Ce monde rempli de nous, d’humains qui survivent et d’humains qui créent. On est tellement à créer, putain, cette époque est exceptionnelle. Avec de la curiosité, on peut chaque jour découvrir une œuvre fantastique ou un auteur génial, qui nous touche comme on ne se rappelle pas l’avoir été.

Je veux participer à ça, de ça.

Peu importe finalement qu’on associe mon nom à ce que je produis, tant que je fais partie de cette surenchère, de ce moment du parcours humain encore plus fascinant qu’effrayant. Je sais qu’on est le pire et le meilleur, seuls et tous ensemble et à ce point qu’on pressent être de non-retour.
Qu’on crève tous bientôt, si cela arrive, je n’y peux foutrement rien. Qu’on vive dès à présent ensemble ou seuls et davantage, à ça je peux quelque chose. Je peux tendre la main, jeter un œil, je peux être curieux, je peux m’emplir et je peux tenter d’extraire quelque chose d’unique et de personnel de ce tout ça qu’est trop pour moi.

Alors quand il m’arrive de parler de cette activité, on me dit : « ah mais t’es écrivain (?) », « t’écris des livres ? », « t’écris quoi ? »… et je n’ai jamais de réponse préfabriquée ou satisfaisante pour l’interlocuteur. Aujourd’hui, j’en formule une nouvelle, une autre. Mais au fond on sait tous pourquoi, pourquoi on écrit, pourquoi on crée-re-crée : on fait ce qu’on fait et qu’on n’est pas obligé de faire parce qu’on aime le faire, parce que ça nous fait du bien.

J’écris pour faire partie du monde, du genre humain, d’aujourd’hui, pour transcender mes prédécesseurs et mes contemporains, et parce que ça me fait vraiment, vraiment, vraiment beaucoup de bien.

Ça se voit, non ?
Merci Luke SilasKnife City. Merci à ceux d’ici, à ceux qui lisent qui produisent qui participent au sens large, merci à tous.

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